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L'année de la pensée magique, Joan Didion


Au pays de Joan Didion elle-même. « Une soirée ordinaire, fin décembre à New-York. Joan Didion s’apprête à dîner avec son mari, l’écrivain John Gregory Dunne, quand ce dernier s’écroule, victime d’une crise cardiaque foudroyante. Pendant une année entière, elle essaie de se résigner à la mort de son compagnon et de s’occuper de leur fille, gravement malade ».

Je l’ai voulu ce livre. Je l’ai voulu et je l’ai même demandé (en décembre, merci Mère Noël <3).

L’attente

J’ai découvert Joan Didion en 2015. Découvert dans le vrai sens du terme : j'ai lu des bribes de sa vie, des critiques de son oeuvre dans plusieurs magazines féminins (merci Mère Consommation <3). Et la douceur des opinions à l’égard de cet écrivain m’a donné envie de succomber à la mode 2015 Joan Didion.

Je l'avoue aussi, L’année de la pensée magique comme titre, moi, ça m’a vendu du rêve.

La superstition

Je me suis plongée très facilement dans les premières pages. J’étais heureuse de le commencer, enfin !

Et puis.

J’ai voulu finir ce livre très vite. J’avais une sorte de poids. Le poids à mi-chemin entre « est-ce que je veux vraiment aller au bout ? » et « il faut vraiment que je le finisse ».

J’étais même un peu superstitieuse à l’idée d’en parler. A l’idée de le lire, de le finir, d’écrire dessus, d’y penser. Blocage.

La raison ? Le sujet.

C'était pourtant en quatrième de couverture. J'étais prévenue, mais je ne m’attendais pas à ce que L’année de la pensée magique me fasse CET effet là. En y repensant, je comprends que ce roman ne s’aborde pas aussi aisément que n’importe quel autre livre. C'est une évidence. Il fait appel, il fait écho à des émotions enfouies, parfois inconnues. J'ai pêché par naïveté.

Parce que c’est un roman. Un roman autobiographique. Joan Didion parle d’elle. De son deuil, du deuil qu’elle a traversé après la mort soudaine de son mari. Elle écrit pendant un an. Elle partage avec le lecteur l’année qu’elle vit, seule.

Les « larmes sèches »

Attendez vous à des larmes sèches, comme le dit si bien Claude Arnaud, du Point. Je n’aurais pas mieux décrit cette non-action. La finesse dans la description de l’intensité de ses pensées prend aux yeux plus qu’aux tripes, mais la pudeur de l’écriture stoppe les larmes, les attrape au vol pour les transformer, en un autre chose.

Pour ceux qui veulent finir le voyage…

Ma déception (je ne trouve pas de meilleur mot, et pourtant, je sais que ce n’est pas le bon) concerne très simplement le rapport entre le titre et le contenu du livre. Je ne sais pas si inconsciemment, je réfléchis toujours au rapport entre ces deux éléments, mais là, j’avais une grosse attente. Et je suis restée en suspens.

Je savais que (attention spoiler) ni anges ni nains ne feraient partie du voyage. Je ne m’attendais pas à ce que, rien que par la pensée, Joan Didion ressuscite son mari, mais j’avais envie qu’elle l’explicite, ce titre !

Parce qu’en fait, c’est le titre qui m’a fait tenir jusqu’à la fin. J’avais envie de voir du ciel bleu dans son parcours, dans son apprentissage du deuil. J’avais envie de voir la magie qui peut nous prendre à des moments si intenses et si douloureux qu’ils en sont assourdissants.

Or, elle nous demande, involontairement, de nous impliquer pour trouver nous-mêmes une résonance à ce titre. Elle nous demande, en sourdine, tout en silence, de l'accompagner.

Je n’avais pas envie de m’impliquer, moi.

C’est trop intime, trop personnel. J’aurais préféré rester simple témoin de son histoire.

Je reste heureuse de l’avoir lu, malgré tout.

Le tip : à lire avec prudence.

L’itinéraire : Joan Didion, L’année de la pensée magique, Editions Le Livre de Poche, 2005, 281p.

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