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C'est où, le Nord ?, Sarah Maeght


Ah ! C’est où, le Nord ? J’aime le titre. J’aime la couverture, bien qu’elle soit commerciale. Jolie, légère et moderne. Pourquoi pas ? Surtout si l'on m’indique où est le Nord. Je pense le savoir, pour y avoir des attaches, et même y avoir vécu - un peu - mais j’aime parfois développer cette complicité à sens unique avec un auteur et un livre, quand cela traite d’un sujet que je peux éventuellement connaître, ou à défaut, aimer… J’avais hâte d’être embarquée par Sarah Maeght dans ce questionnement mi-géographique, mi-philosophique.

Au pays de : « C’est le portrait d’une génération, une photographie de la France d’aujourd’hui, un verre de grenadine avec trois doigts de désespoir et quelques substances interdites ».

La quatrième de couverture, en revanche, m’agresse. Du commercial, du vrai, du bon. Des vérités absolues, toutes relatives pourtant : « Si vous commencez le roman de Sarah Maeght, vous ne le lâcherez plus ». Je n’aime pas qu’on me parle, qu’on me dise que je vais aimer. Qu’on me considère comme une masse, un lecteur lambda, bref, la cible.

La préface de Katherine Pancol ne rend pas l’entrée en matière plus agréable. La quatrième de couverture en est en fait issue. Même ton. Même rejet. Pire encore, Katherine Pancol cite Bukowski. À partir de là, j’attache ma ceinture. Pour citer Bukowksi, il va falloir que le roman décape.

Ok. Je me prépare.

La déception

Page 27. Ça ne décape pas. Je me dis que non, le roman ne va pas « gérer » comme disent les jeunes dont je me sens, tout à coup, exclue. Parce que pour l’instant, j’ai l’impression d’être maxi vieille et de lire un roman destiné aux adolescents. C’est peut-être ça du coup. Me suis-je simplement trompée ? Pourtant, le personnage principal a la vingtaine, même un peu plus. Je ne suis pas si éloignée. Continuons.

Je me jette à âme perdue dans un flot de banalités. Des mots, des métaphores et autres images - pardonnez-moi l’expression - un peu neuneu. J’arrive à percevoir la personnalité du personnage principal, Ella : lisse. Et creuse. Lisse et creuse à la fois. Il ne m’était jamais arrivé de lever littéralement les yeux au ciel à la fin d’un chapitre. Encore moins à la fin de tous les chapitres. Décrire la banalité est un art difficile.

Page 70. Toujours rien. Je me demande même si une référence à « La Boom », que j’ai cru déceler, est volontaire, copie moyenne et moyen conforme d’une scène culte de notre fameuse génération commune. Continuons.

L’énervement

Moi, ça me plait de voyager en France aussi. Dans mon propre pays. Parce que dans tout voyage il y a du bon. Je suis tout à fait emballée par l’idée de voyager dans des endroits familiers, comme le Nord de la France ou Paris. Dans des lieux communs. Ici effectivement, nous voyageons de lieux communs en banalités, de banalités en idées presque intéressantes. Parce que parfois de belles phrases pointent le bout timide de leur nez un peu froid, froid d’avoir trop marché sur la plage de Malo-Les-Bains. Malheureusement, ces phrases presque belles repartent aussi vite qu’elles sont apparues. C’est excessivement frustrant.

Ce qui transparait, c’est que l’auteur cherche, effectivement, le Nord. Elle cherche ses phrases et peut-être son style. N’est pas Bukowski qui veut. L’histoire est, pourquoi pas, intéressante : celle d’une jeune femme, professeur, qui, après avoir rompu avec son petit-ami, découvre d’autres amitiés, d’autres amours. Des amours auxquelles elle ne s’attend pas, puisqu’ici est traitée en toute délicatesse l’homosexualité. Mais même là, les phrases de Sarah Maeght sont contre-productives et semblent presque desservir son propos. Sa vulgarité aussi. Être vulgaire pour être vulgaire ne fonctionne pas. Cela devient presque vulgaire.

Les phrases sont faciles, les situations sont banales, les métaphores sont connues, les personnages sont clichés. De tout ça aurait pu naître un conte moderne, une histoire contemporaine d’histoires qu’on ne connait que trop bien. Mais je n’ai rencontré que du presque. Presque abouti. De quoi me rappeler qu’il faut toujours tenter de pousser la phrase plus loin. Comme un voyage.

C’est où, le Nord ? Je ne sais pas. Probablement pas ici.

La phrase : « Je m’enfonce dans mon chagrin poisseux comme un goéland dans une mer de cambouis »

Le tip : Lisez Bukowski.

L’itinéraire : Sarah Maeght, C’est où, le Nord?. Editions Albin Michel. 2016. 288p.

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