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La jeune épouse, Alessandro Baricco


Alessandro Baricco est l’auteur d’un de mes livres préférés, Océan Mer. Et précisément parce que ce roman m’a marquée profondément, je n’ai jamais cherché à lire d’autres livres de cet écrivain. De peur de briser le charme.

La Jeune Épouse m’a sauté aux yeux. La couverture d’abord, le titre ensuite, et puis Alessandro Baricco. L’auteur.

Je m’approche, déjà consciente de l’envie, déjà certaine de l’achat.

Au pays de : « Italie, début du XXe siècle. Un beau jour, la Jeune épouse fait son apparition devant la Famille. Elle a dix-huit ans et débarque d’Argentine, car elle doit épouser le Fils. En attendant qu’il rentre d’Angleterre, elle est accueillie par la Famille. La Jeune Epouse vit alors une authentique initiation sexuelle : la Fille la séduit et fait son éducation, dûment complétée par la Mère, et le Père […] »

L’hésitation

Aux premiers mots, aux premières pages, je me demande si l’énonciation était aussi complexe dans Océan mer. Etait-ce identique ? Si oui, pour quelles raisons aujourd’hui le charme n’opère plus ? Pourquoi m’est-il si laborieux d’entrer dans le texte ?

Je me perds, je comprends, je m’interroge et puis les mots s’éloignent, encore. Qui est qui et qui parle ? Le « je » se transforme en « elle » pour faire quelques pas dans l’avenir, le présent, le passé ? Où sommes-nous ?

En Italie. Je retrouve cette pesanteur dans l’atmosphère, déjà rencontrée avec L’amie prodigieuse, d’Elena Ferrante. Je retrouve mon incapacité à cerner tout à fait ce qu’il se passe. Ce sentiment qu’il fait chaud. Que tout est lent. Que chacun sait où il va pour des raisons que j’ignore. Et je retrouve ces destins, étonnants.

Je suis en face de l’indécence, en toute élégance, en toute simplicité. Ni cru ni bancal. Légèrement indécent.

Je découvre aussi le parti pris de l’auteur de ne donner aucun prénom aux personnages. La Jeune Épouse, la Mère, le Père, la Fille, l’Oncle et le Fils.

Sans visage pour ne dévoiler que leurs traits de personnalité. Sans identité pour rendre encore plus forte l’universalité de l’histoire. Chaque personnage est là, unique, atypique et pourtant universel. Tout le monde peut être chacun.

Je bascule.

Le basculement

La lenteur de l’histoire, d’elle-même langoureuse et fantasque, aurait tort de nous faire croire que La Jeune Épouse n’est que l’histoire d’un éveil à la sexualité. Surtout pas. Cet apprentissage n’est qu’un symptôme. Un objet parmi d’autres. Dans ce livre, le rapport à la sexualité, comme le rapport à la nourriture, à la lecture et à l’écriture me semble plutôt être un balancier de l’attente, un rapport au temps.

Manuel pour apprendre à attendre. Pour apprendre à croire. La Jeune Épouse est une rencontre avec la réalité de chacun. Comment nous construisons notre « autour » et notre intérieur, pour y rester et pour y être bien. C’est un livre sur le soi, sur ce que l’on est et ce que l’on décide d’être.

C’est enfin un texte sur l’apprivoisement du temps. Fêter le jour, qui à chaque aube, bat le sommeil.

C’est une réalité transformée en poésie, poésie des êtres et des situations, poésie de l’air trop lourd, et de la fraicheur salvatrice d’une maison d’Italie.

La phrase : « Qu’es-tu venue faire toi, dans ma solitude ? »

Le tip : Si « Je » est « Elle » alors qui suis-Je ?

L’itinéraire : Alessandro Baricco, La Jeune Épouse, Éd. Gallimard, 2016. 226 p.

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