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Manuel d'exil, Velibor Čolić


Je viens de finir Manuel d’exil, Comment réussir son exil en trente-cinq leçons. J’aimerais déjà le relire. Au moins les premières pages, au moins l’épigraphe, réunissant Victor Hugo et Albert Camus. Au moins les trois premiers quarts du roman. Mais nul besoin de le relire pour y trouver un sens et une poésie cachés. Tout est là, à portée de mots.

Je ne savais pas. J’avais même reposé le livre dans son rayonnage. J’hésitais à l’acheter. Le sous-titre Comment réussir son exil en trente-cinq leçons me paraissait trop « attrape-nigauds » marketé. Je comprenais le trait d’ironie, mais aujourd’hui, même l’ironie est marketée…

Finalement, le sujet a primé : l’exil. L’ailleurs, l’intégration, l’étranger. L’actualité, quoi.

Au pays de : « Après avoir déserté l’armée bosniaque, le narrateur se retrouve sans argent ni amis, ne parlant pas le français, dans un foyer pour réfugiés ».

L’emballement

Dès les premiers mots, je sais qu’il se passera quelque chose entre l’écriture de Velibor Čolić et moi. À sa manière de raconter son quotidien et ses anecdotes, il n’y a pas de doutes : le choix des mots et de leurs associations, le choix des respirations, tout rend ma lecture fluide.

Le rythme est enlevé et la lecture me parait simple, comme si la violence du sujet était inversement proportionnelle à la manière dont il était traité. Parfois, les histoires les plus dures ne peuvent s’écrire qu’avec la plume la plus aérienne.

Aérienne, parfois âpre et lucide mais sans pathos.

« Je suis l’autre. Celui qui ne comprend rien et n’arrive pas à se faire comprendre »

Le roman est biographique. Velibor Čolić raconte ses débuts en tant qu’exilé politique. Son arrivée en France en 1992, son intégration, l’apprentissage de la langue. Il raconte comment il décidera de « passer l’éponge mouillée du passé ». Pour s’intégrer, il faut oublier. Oublier le passé et la langue. Renaître ici, nouvelle langue, nouvelle vie.

« Il me faut apprendre le plus rapidement possible le français. Ainsi, ma douleur restera à jamais dans ma langue maternelle ».

L’humanité

Lucide et pleine d’humour, la plume de l’auteur ne s’arrête pas qu’à l’histoire de son intégration.

Elle se poursuit avec l’exil des autres, celui de ceux que Velibor Čolić croise au détour d’un appartement, du métro, d’un banc, d’un bar. Il nous rappelle - puisqu’il faut parfois le rappeler - qu’un exilé est un humain. Et qu’un exilé n’est pas forcément illettré (l'auteur est alors un écrivain déjà reconnu en Yougoslavie).

D’ailleurs, la plume de l’auteur poursuit l’exil dans l’écriture. Et trouve refuge dans la littérature.

La transformation

Manuel d’exil est l’histoire intime d’une transformation, d’une re-formation. Velibor Čolić raconte comment il devient peu à peu écrivain « en français » et, à demi-mot, que cette transformation est aussi due, un peu, au fait que son pays est « à la mode » à l’époque.

Il raconte surtout que ce statut est provisoire. Que la transformation n’est pas nécessairement celle que l’on croit. Qu’elle succède à une transformation invisible, inéluctable.

« Avant, j’étais persuadé d’être poète. Alors, peu après, la guerre est survenue et m’a transformé à jamais ».

La phrase : « Je ne suis pas un homme, je suis une anecdote ».

Le tip : Libérez-vous de vos contraintes, vous n’aurez probablement pas envie d’arrêter votre lecture de Manuel d’exil.

L’itinéraire : Velibor Čolić, Manuel d’exil, Éd. Gallimard. 2016. 208 p.

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