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Les pêcheurs, Chigozie Obioma


Au pays de : « Un jour de janvier 1996, dans un village du Nigeria, quatre frères profitent de l’absence de leur père pour pêcher au bord du fleuve interdit Omi-Ala. Le fou Abulu, qui les a vus, lance sur eux une terrible malédiction : l’aîné, Ikenna, mourra assassiné par l’un de ses frères. La prophétie bouleverse les esprits, et hante la famille jusqu’au dénouement tragique. »

Conte poétique et drame violent, Les pêcheurs, du jeune Chigozie Obioma est un récit puissant.

Voilà les seuls mots qui me viennent. Pour vous parler de ce livre, je pourrais presque m’arrêter là, et vous dire simplement de le lire.

Me faut-il néanmoins vous mettre sur la voie, vous indiquer les pages, vous lire ces phrases qui résonnent ? Me faut-il vous mener peu à peu en Afrique, au Nigéria, à Akure, chez Ikenna, Boja, Obembe et Ben ? Laissez-moi seulement vous tendre la main. Pour le reste, les mots de Chigozie Obioma suffiront.

Parce que tout est là, dans ce roman.

La maîtrise

L’Afrique est là. Telle que je ne la connais pas. Pourtant, l’immersion est totale.

Les rues défoncées, les voisins superstitieux, les évangélistes, les animaux annonciateurs, les rêves, les croyances, les craintes, les mots.

La famille est là. Aussi clichée qu’inédite. Aussi furieusement présente et violemment complexe. Refuge et prison. Source inévitable d’apaisement et de révolte.

La fraternité est là. Elle est là, plus que tout. Sans elle, le roman n’existerait pas.

Bateau de papier, insubmersible, poreux. Roc instable. La fraternité lie et tue, étouffe d’amour autant que de pleurs.

La folie est là. Elle guette, toujours. Elle possède, souvent. Souvent d’ailleurs, elle mène l’amour à la haine, parfois, elle offre de faire le chemin inverse. Et quelquefois, elle apaise.

L’urgence est là. L’urgence du récit, la particularité du conte. Aucun temps n’est mort.

Partir, rester, pardonner, avouer, accepter et finir.

L’enseignement

Tout est là et il ne suffit que de suivre le pas des frères, qui nous mène de l’insouciance aux responsabilités. Des jeux d’enfants aux choix d’adultes. Ces pas qui nous mènent aussi dans cet entre-deux, où la limite entre la folie et la raison est mince et où la peur de faire des choix peut mener à la folie de ne pas en faire. Ou inversement.

L’occasion, encore, de se rappeler que la peur est un dangereux moteur. Et que les mots qui l’alimentent sont très inflammables.

Chigozie Obioma offre des personnes plus que des personnages. Tout en nuances et en combat intérieur, ils vous attendent.

Les pêcheurs sont là.

Et en Afrique, à la faveur d’un accent, on ne les connaîtra jamais vraiment.

La phrase : « Elle possédait un double de nos âmes dans les poches de la sienne ».

Le tip : Je n’ai pas tout dit, restez attentifs à la poésie qui court les pages.

L’itinéraire : Chigozie Obioma, Les pêcheurs, Éditions de l’Olivier, 2015. 303p.

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