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Ecoutez nos défaites, Laurent Gaudé


« Il s’est tu quelques temps, comme pour laisser vivre encore un peu les images du lointain […] ».

Vouloir « chroniquer » Écoutez nos défaites, c’est un peu comme vouloir chroniquer un livre d’histoire(s). Je ne sais par où commencer tant le roman est dense, tant les interrogations qu’il suscite sont profondes, ancrées dans un passé tourmenté ; tournées vers un futur assurément sombre.

Après l’avoir lu, je me retrouve à me taire. À tenter de laisser vivre les images construites par les mots de Laurent Gaudé. Mais rien ne vient.

Comment en parler sans passer à côté de cette incroyable construction d’un roman à six voix ? Comment vous donner envie de lire ce livre, mi-fictionnel, mi-historique ? Si travaillé et pourtant si fluide dans les réponses que chaque récit donne à l’autre ? Si humain, accordant autant de place aux réflexions personnelles qu’à l’art et la poésie.

Au pays de : Ecoutez nos défaites mêle le récit de trois chefs de guerre historiques (Hannibal, le général Grant et Hailié Sélassié) à l’histoire de trois personnages fictifs, impliqués dans les guerres contemporaines (Moyen-Orient, Sahel) ou tentant de protéger les musées des atrocités commises par Daech.

L’humanisme

Comme l’écrit Fabienne Lemahieu ("Laurent Gaudé, l’humaniste combattif", La Croix, 22/09/2016), Ecoutez nos défaites est « un ample et funèbre chant épique qui ne célèbre pourtant la gloire de personne ».

Et c’est agréable. Peut-être y a-t-il pléthore de romans comme celui-ci (et si oui, j’attends vos suggestions !), mais j’ai pris un immense plaisir - presque intellectuel - à lire un roman semi-historique où l’humain prime et où il n’est pas tant question de savoir qui a gagné que de savoir comment il a gagné. Ou perdu. Quel était son état d’esprit, quelles étaient ses batailles intérieures.

Ce roman m’a donné envie d’apprendre et de relire. De comprendre l’histoire autrement que par les victoires. De m’intéresser surtout aux batailles et aux histoires derrière les batailles. Il me rappelle qu’il faut parfois faire un pas de côté. Se ré-interroger et prendre de la distance.

Il m’a aussi rappelé, par exemple, l’importance des trésors d’histoire, des musées, pour y lire l’Histoire, mais aussi l’Humanité.

« […] cet instant-là, tête basse, où l’homme est allé si loin qu’il n’en était plus un. »

Dans Ecoutez nos défaites, les chefs de guerre s’interrogent. Victoire, pertes humaines, défaite. Les agents secrets se cherchent, se retrouvent, et se perdent à jamais.

Laurent Gaudé leur donne vie, à tous et surtout à leur conscience et à ce qu’il reste après avoir donné l’assaut.

Que gagne-t-on vraiment à « faire la guerre »? Comment peut-on être vainqueur ? S’il y a bataille, n’est-ce pas alors, d’emblée, une défaite ? S’il y a victoire, « qu’avons-nous réussi ? »

Comment survivre, alors ?

La phrase : « Ne laissez pas le monde vous volez les mots. »

Le tip : Si les versions latines que vous avez faites il y a dix ans vous aideront à vous rappeler qui est Hannibal, n’ayez crainte, là n’est pas l’essentiel !

L’itinéraire : Laurent Gaudé, Écoutez nos défaites, Actes Sud, 2016. 288 p.

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