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My first Sony, Benny Barbash


J’ai déjà lu Benny Barbash. La vie en cinquante minutes a été ma première lecture de cet auteur israélien. Fluide, son écriture exigeante m’avait, à l’époque, remuée. J’avais refermé ce livre brouillée par le trop-plein de mots de Benny Barbash, pourtant admirative de la construction incroyablement maitrisée du roman.

J’étais intriguée par cet auteur et avais volontiers envie de le relire, peut-être pour le connaître davantage, surtout pour comprendre si cette écriture particulière était définitivement la patte de l’écrivain, ou seulement les mots d’une histoire. Alors, quand le service presse des éditions Zulma - éditions que j’apprécie suffisamment pour acheter de moi-même leurs livres - m’a proposé de lire My first Sony, qui sortait en collection de poche, j’ai accepté, curieuse.

Au pays de : « Yotam, avec la curiosité de ses dix ans et son indispensable petit magnétophone Sony multicolore, laisse traîner ses oreilles partout - mémoire vivante de la famille à mi hauteur et sur cassettes audio. »

Lire My first Sony, c’est écouter des cassettes audio avec commentaires de l’enregistreur. C’est écouter une famille qui n’est pas la nôtre. C’est entrer dans leur quotidien et suivre leurs peines, leurs combats, leurs drames, leur culture.

L’inquiétude

Très vite, l’histoire me happe et les mots me noient. Fidèle - manifestement - à lui-même, Benny Barbash maitrise d’une plume habile la construction de son roman. Tout est extrêmement précis. Les références à la religion juive sont omniprésentes et m’empêchent d’avancer correctement dans ma lecture. Je comprends très peu le contexte et m’agace : comment peut-on laisser à ce point ses lecteurs à la porte ?

Pourtant, l’écriture et l’histoire en elle-même m’empêchent de m’en tenir là : j’aime la naïveté de l’écriture d’enfant et je suis avec intérêt les débats familiaux, religieux et politiques. Les grands-parents ont vécu la Seconde Guerre mondiale et survécu à la Shoah, les enfants appréhendent chacun différemment leur religion et leur pays.

J’assiste donc avec intérêt aux débats familiaux, pourtant non sous-titrés jusqu’au quart du roman : je découvre, enfin et par hasard, que le livre contient deux lexiques (histoire et politique ; vie quotidienne et religion).

Tout un monde se déploie.

L’ouverture

J’ai tendance à préférer les notes de bas de page, plus adaptées à la lecture d’un roman, mais je me prends au jeu, ravie d’en apprendre plus sur les termes propres à la religion juive. Tout ne devient pas évident tant le contexte social, politique et religieux de l’État d’Israël est présent, mais le lexique proposé est une béquille salutaire.

J’en suis ravie et soulagée.

D’une humanité rare My first Sony est un monument. Complexe, difficile d’accès, émouvant et oppressant, ce livre se fait l’écho de tous. Le mode d’énonciation, singulier, délivre une parole pure, telle quelle, dénuée de biais. Il donne la parole tant aux enfants aimants et révoltés qu’aux parents, au mari trompeur, aux femmes indociles, aux frères ultra-religieux ou ultra politisés, aux grands-parents fantasmant un pays et son passé.

My first Sony est un règlement de compte et un témoignage d’amour. C’est un livre sur la famille, un tintamarre. Ça crie, ça s’aime, ça se déchire, se réconcilie, et ça découvre la vie.

La phrase : « Apparemment, son problème venait du fait qu’il n’avait plus d’histoires à écrire et cela le faisait souffrir, si seulement j’avais su d’où elles venaient, ces histoires, j’aurais pu l’aider un peu […]. »

Le tip : Toujours commencer un livre par la fin et vérifier la présence d’annexes, au risque parfois d’en connaître la fin.

L’itinéraire : Benny Barbash, My first Sony, Éditions Zulma, Coll. de poche, 2016 (première traduction française, 2008). 432 p.

Le guide : Service de presse des Éditions Zulma

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