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Congo Inc. Le testament de Bismarck, In Koli Jean Bofane

27/03/2017

Je viens de finir le roman aux multiples prix d’In Koli Jean Bofane. Je connaissais peu le Congo, son histoire et ses drames. 

 

Congo Inc. Le testament de Bismarck m’a fait rire et m’a horrifiée à quelques pages d’écart. 

L’auteur nous donne rendez-vous en terres devenues hostiles, politiques, économiques diplomatiques et stratégiques. 

 

 

Au pays de : « Depuis qu’il a découvert l’Internet et la mondialisation, le jeune Isookanga, Pygmée ekonda, n’a plus qu’un objectif : planter là les cases, les traditions, les ancêtres et la forêt millénaire pour aller faire du business à Kinshasa. Il débarque donc un matin dans la capitale, trouve l’hospitalité auprès des enfants des rues et s’associe avec un Chinois qui fait commerce de sachets d’eau potable. L’avenir est à lui ! »

 

 

La méfiance

 

Je commence ma lecture de Congo Inc. - Le testament de Bismarck sans avoir relu la quatrième de couverture, j’aime souvent commencer les livres de cette manière : plonger en terrain véritablement inconnu, sans guide, sans recommandations préalables. C’était presque inévitable : un peu perdue, je n’ai pas trouvé mon rythme tout de suite. 

 

L’écriture de l’auteur est rapide et impatiente. J’ai du mal à respirer et je rencontre, méfiante, ce jeune Pygmée de 26 ans, Isookanga. 

 

« Pourquoi, encore et toujours, ressasser les habitudes du passé ? C’est à cause des gens comme Vieux Lomoma que nous, Ekonda, sommes discrédités dans tout le pays. Que partout nous sommes appelés Pygmées depuis toujours. Les Français ne parlent-ils pas de “pygmée idéologique” pour désigner un individu qui manque singulièrement de vision ? »

 

La modernité passera par Isookanga, il en est sûr, là est l’unique voie du futur. Déterminé, un brin opportuniste, le jeune Congolais n’a peur de rien pour arriver enfin dans ce nouveau monde dont il a été trop longtemps tenu à l’écart. À quoi rêve-t-il ? À la mondialisation. Au monde et au rôle qu’il pourra tenir. À quoi joue-t-il ? À la mondialisation, inspiré par les stratégies économico politiques d’un jeu vidéo.

 

Le bagout et l’avidité du personnage principal me font redouter la suite du roman. Le premier chapitre me laisse hésitante, mais la personnalité d’Isookanga m’emporte dans le tourbillon de la capitale.

 

Chapitre 2, changement de décor. La bouillonnante Kinshasa est à portée de main, son avenue de la Libération et son Grand Marché. Ses marchands d’eau et ses enfants des rues.

 

Les enfants des drames de la République du Congo nous montrent le chemin et nous font découvrir la ville autant qu’au personnage principal : pauvreté, mondialisation et corruption cohabitent aisément, semble-t-il. 

Les « shégués », ces enfants des rues jouent le jeu de la ville et cherchent à exister malgré les horreurs subies. D’enfant-soldat à rescapés d’un massacre, ils accepteront Isookanga, petit Pygmée au visage d’adulte, mondialiste dont le seul drame était d’être promis chef d’une tribu trop éloignée des technologies.

 

 

L’apprentissage

 

 

Isookanga devient l’histoire et son périple dans Kinshasa un cruel prétexte pour nous présenter ce qu’est devenu le Congo depuis sa colonisation. Toutes les puissances sont là : les États-Unis, les Nations Unies, la Chine, la France et la Belgique. 

Femmes congolaises et africanistes, esclaves soumises et battantes, religieux et commandants se croisent et se jouent les uns des autres, s’allient et se perdent ensemble, usés et abusés par les ravages de la mondialisation dans toute sa splendeur. 

 

L’auteur confronte avec un hyperréalisme aussi comique qu’atroce l’espoir d’une jeunesse et la réalité d’un pays épuisé par la mondialisation : du commerce de la religion aux commerces des armes par des fonctionnaires des Nations Unies ; du commerce de ses richesses minérales au sacrifice de populations.

 

Congo Inc. Le testament de Bismarck est un roman lucide, acerbe, sarcastique parfois insoutenable, où le marketing hilarant d’un prêtre pour sauver son église côtoie les récits de dépeçages, de viols et de tortures.

 

Il est à lire pour apprendre enfin, ou se souvenir, malheureusement. 

 

 

La phrase : « - Tu es venu faire quoi ?

- Je suis venu faire l’expérience de la haute technologie et de la mondialisation, tantine.

- Et c’est tout ? »

 

Le tip : La citation en exergue est d’une importance capitale : la conférence de Berlin qui prend fin en février 1885 partage l’Afrique alors considérée comme une terre sans maître. Le Congo est attribué au roi des Belges, Léopold II. 

 

L’itinéraire : In Koli Jean Bofane, Congo Inc.  Le testament de Bismarck, Éditions Actes Sud, Coll. Babel. 2014. 305p.

 

Le guide :  La Box littéraire Exploratology

 

 

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