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Les cerfs-volants de Kaboul, Khaled Hosseini

09/06/2019

 

Au pays de : « Au début des années 70, Amir et Hassan, frères de lait, embrasent le ciel de Kaboul de leurs cerfs-volants. Jusqu’à ce jour terrible où Amir abandonne Hassan à un sort tragique et se réfugie aux États-Unis. Vingt ans plus tard, en quête de rédemption, il devra affronter un Afghanistan ravagé sous le joug des talibans… et le poids de son propre passé. »

 

Conseillé mille fois, il parait que ce premier livre de Khaled Hosseini est de ceux dont il ne faut pas passer à côté. 400 et quelques pages qui volent en quelques heures, c’est finalement bien peu pour raconter l’âge d’or et la chute d’un pays et d’un enfant.

 

 

Les tripes

 

 Mais rien n’était certain pourtant. À la lecture des premières pages, je reste sceptique. Les échos favorables que Les cerfs-volants de Kaboul a recueillis en sont sans doute la cause et je cherche la petite bête. Quelques redondances dans le récit augmentent ma vigilance et mon niveau d’exigence. J’attends, patiemment, au coin de la rue. 

 

Du coin de la rue, j’observe la maison imposante d’Amir et de son père, leurs habitudes : les livres pour Amir, les discussions entre hommes pour son père ; leurs déceptions : l’attention qu’un fils n’arrache pas à son père, la fierté qu’un père n’éprouve pas pour son fils ; leurs fidèles domestiques : Ali et son fils Hassan, partie intégrante de cette famille d’hommes ; les liens qui les lient tous : subtils, forts, passionnels. 

 

Je traverse la rue, balaye les redondances sous lesquelles s’abritait ma prévention, rideau d’exigence inutile quand l’histoire met à terre et découvre mes émotions. À la porte de cette maison silencieuse, au pied de cet androcée qu’aucun cœur de femme ne foule, l’excès de sentiments perdus me pousse violemment en avant. Dans l’ombre du mur de maïs, je vois, mais ne comprends pas. Mal aux tripes : il y a de la jalousie, de la haine, de l’amour incompris, de l’amour indicible, une violence inouïe, l’ambivalence de sentiments d’enfants.

 

Et quand l’enfant en mal de père et le père déchiré se rencontrent à la faveur d’un combat de cerfs-volants gagné, et que leurs déceptions s’évanouissent pour enfin laisser place à une relation fantasmée, tout s’effondre. Leur pays, leur vie, leurs espoirs. Il suffit d’une seconde pour trahir son enfance. La lâcheté a ses raisons que le cœur ignore. Je ferme le livre. Pars en courant. 

 

 

 

 

Le cœur

 

Les pieds dans la poussière, le temps s’accélère. Je vois défiler les saisons et les époques. 

 

Amir a grandi. Parle anglais, regarde la gloire d’un père s’évanouir à la caisse d’une station-service américaine. Tout s’est effondré, sauf lui. Le désir de supériorité qu’un complexe enfantin trahissait déjà s’est assouvi. Amir, seul, debout. 

 

Je le regarde du coin de l’œil, curieuse de ce que l’avenir lui réserve. J'essaie de ne pas le juger, mais ne l’aime pas vraiment, au fond.

 

Pourtant, narrateur, écrivain, il se raconte. Il dit tout. Alors, tout n’est pas mauvais. Je le regarde du coin de l’œil, mais suis le parcours de son cœur, les yeux grands ouverts. Je reste liée à lui, témoin de son histoire. Malgré ma présence à chaque pas, le suspense est intact : rédemption, culpabilité, conscience, combat. Que trouvera-t-il dans l’empreinte de son passé ? C’est en retournant sur les pas de son enfance, en découvrant une terre dévastée, leur maison habitée par des terroristes, en faisant face aux visages qu’il ne pensait plus voir qu’il peut sans doute trouver l’apaisement qu’il ne cherchait pas. 

 

Assise à l’ombre du grenadier qui ne donne plus de fruits, je le regarde. Il est venu. Il repart désormais. Dans mon cœur, un peu d’espoir.

 

 

La phrase : « Lorsqu’on tue un homme, on vole une vie. On vole le droit de sa femme à un mari, on prise ses enfants dans leur père. Lorsqu’on raconte un mensonge, on dépossède quelqu’un de son droit à la vérité. Lorsqu’on triche, on dérobe le droit d’un autre à l’équité. […] Si Dieu existe, alors j’espère qu’il a mieux à faire que de s’occuper de savoir si je mange du porc ou si je bois. Maintenant descends. Tous ces beaux discours sur le péché m’ont donné soif. »

 

Le tip : C’est ce qu’on appelle un « page-turner » : vous ne verrez pas le temps passer.

 

L’itinéraire : Khaled Hosseini, Les cerfs-volants de Kaboul, Édition 10-18 (Belfond, 2005). Traduit de l’anglais par Valérie Bourgeois. 410 pages. 

 

 

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