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Les vagues, Virginia Woolf


Il y a peu de temps, j’ai offert Les vagues, de Virginia Woolf, à l’un de mes proches. Ce proche avait déjà ce livre, mais dans une version plus ancienne, traduite par Marguerite Yourcenar en 1974. Après nous être amusés à comparer les deux traductions - et effectivement, le pouvoir créateur du traducteur est manifeste - il a pris mon cadeau heureux de pouvoir relire ce livre, découvert dans sa jeunesse, et m’a « offert » son ancienne version, pour qu’à mon tour je le lise.

Au pays de : « Six consciences, de l’adolescence à l’adulte »*. « Publié en 1931, Les Vagues se compose d’une succession de monologues intérieurs entrecroisés de descriptions de la nature. Chaque personnage donne sa voix et se retire dans un mouvement rythmé qui évoque le flux et le reflux des marées ».

J’étais ravie de lire Virginia Woolf mais aussi de découvrir la plume de Marguerite Yourcenar.

L’incompréhension

Et c’est peut-être ce double « je », cette double lecture qui dans mon esprit ne m’a pas fait aborder ce roman comme un autre. Peut-être encore cette difficulté à entrer dans l’histoire, à comprendre les personnages, les alternances d’énonciation. Peut-être aussi tous ces dialogues intérieurs qui sont retranscrits dans toute leur puissance, toute leur ambiguité, dans toute leur clarté pour la personne qui pense et dans tout leur flou, pour la personne qui lit.

Vivre les pensées de quelqu’un d’autre me dérange toujours un peu, j’avais déjà eu cette impression en lisant La vie en cinquante minutes, de Benny Barbash. Vivre les réflexions de plusieurs personnes en même temps, sans presque aucun répit devient pour moi violent, imposé.

Comme des vagues, ces dialogues nous bercent, nous portent, nous étouffent, nous noient, nous mènent dans des courants contraires, là où notre « je » n’a plus de prise. Elles vont et viennent, et m’ont, je l’admets, à plusieurs reprises, endormie.

Le lyrisme de l’écriture est impressionnant. La poésie des esprits est omniprésente, belle.

Belle, mais incompréhensible. Pendant les quarante premières pages, je n’ai pas tout saisi de ce que j’avais devant les yeux. J’ai lu de manière automatique, sans réfléchir et sans lutter, espérant retrouver le rivage.

« Seule, je tombe souvent dans le néant ». Cette phrase, comme une métaphore, me semble assez bien résumer l’impression que m’a donnée le début des Vagues. Métaphore des multiples voix qui se racontent et du lecteur, qui, seul avec ces mots, est sur le fil, a mi-chemin du néant.

L’espérance

« …se consacrer tout entier à la perfection, suivre les courbes des phrases où elles veulent nous mener, dans le désert, dédaigner les séductions et les mirages… »

J’en suis à la moitié du roman. Je comprends mieux et commence à cerner les personnages. Les Vagues me laissent un peu d’air et m’autorisent à abandonner ma passivité du début.

Je ne comprends toujours pas où Virginia Woolf veut en venir. Et n’ai pas l’impression d’une histoire. Peut-être n’y en aura-t-il pas à proprement parler. Pour autant, après ma lutte - nombre d’entre vous, je le sais, abandonne les romans difficiles au bout de quelques pages - j’espère une lecture plus facile.

J’aime déjà les mots et le génie de certaines phrases. Je continue.

La phrase : « Mais de tous ces Moi, lequel est le mien ? »

Le tip : restez concentré mais laissez-vous porter.

L’itinéraire : Virginia Woolf, Les vagues, Le livre de poche, 1931. 288 p.

* Citation prise sur La Parafe

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