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Être ici est une splendeur, Marie Darrieussecq


Quand j’ai commencé Être ici est une splendeur, je m’attendais à tout, sauf à l’écriture de Marie Darrieussecq. Pour comprendre cet écrit-là, je crois qu’il faut se laisser apprivoiser, lâcher prise et lire sans ne plus rien attendre.

Au pays de : « Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c’est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n’aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907. »

L’étrangère

Lire sans attendre. Lire les mots, les phrases, les citations et les paragraphes, sans chercher à comprendre. Pas d’explications, seulement des mots. Qui est quoi où et quand ? Si vous ne le savez pas, vous vous sentirez peut-être comme moi, étranger. Étranger à l’histoire, aux personnes, aux situations, aux émotions. Sans culture artistique approfondie, les relations entre les artistes sont difficiles à saisir, les sauts dans le temps, compliqués à visualiser.

D’autant plus que les artistes, Rainer Maria Rilke, Paula Modersohn-Becker, son mari Otto Modersohn ne sont pas attachants. Presque antipathiques. Les hommes sont imbus d’eux-mêmes et les femmes ont une présence…inexistante, en creux.

Ils sont antipathiques. Probablement parce que Marie Darrieussecq ne raconte pas à proprement parler une histoire. Elle ne donne pas à comprendre les femmes et hommes qui existent dans son récit. Elle n’écrit, d’ailleurs pas, un récit.

L’écriture

Elle écrit. C’est tout. C’est un travail d’écriture et de recherche. Sur une femme, une artiste peu reconnue, peu exposée si ce n’est dans les caves. Marie Darrieussecq jette les faits et ses pensées sur le papier. Elle reconstitue des morceaux de vie. Des morceaux, pas des vies.

Tout vit ensemble : les histoires et les narrateurs se superposent.

Et à force de lire, le contenu devient plus humain, moins culturisant. Le rythme est plus enlevé, la vie cherche son souffle. Pas besoin de connaître, il suffit de comprendre. Marie Darrieussecq prend parti. Joue.

Le féminin

Et au-delà, la profondeur se révèle. Les valeurs et les combats. La féminité. Le féminin.

La présence des femmes. Leur être, leur être, ici.

Il faut être ici, n’être qu’ici pour lire le dernier livre de Marie Darrieussecq.

Tout le monde n’accrochera pas, faute parfois d’être là.

La phrase : « Les petites filles savent tôt que le monde ne leur appartient pas. »

Le tip : A lire comme des poèmes en prose.

L’itinéraire : Marie Darrieussecq, Être ici est une splendeur, Éditions P.O.L., 2016. 160p.

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