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Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovaldé


Au pays de : « Sur une île imaginaire, trois générations de femmes semblent vouées à enfanter des filles sans père. Jusqu’à Vera Candida, qui fuit Vatapuna pour se forger un autre destin. »

Soyez prévenu, ce livre est tenu par des femmes. Elles gardent le cap, maintiennent la barre et suivent le vent. Peut-être est-ce grâce à cela qu’elles ont soufflé leurs histoires à Véronique Ovaldé. Elles lui ont laissé des traces de leurs choix, de leurs silences et des indices de leurs souffrances.

Ne vous y trompez pas, l’île d’où elles viennent est imaginaire, l’histoire est une fiction. Pourtant, leurs combats justes et discrets nous restent en mémoire. Comme des leçons de liberté.

L’inattendu

La plume de Véronique Ovaldé, d’une incroyable efficacité, nous emmène à la porte de cette singulière famille. L’auteure nous présente les destins successifs de Rose Bustamente (la grand-mère), puis Violette (la mère) et Vera Candida (la fille) et enfin, Monica Rose (la petite-fille).

Drôles de nom. D’où viennent-elles ? D’une île, Vatapuna. Humide, verdoyante, où la pauvreté du littoral côtoie la richesse des montagnes. Où la grand-mère était « la plus jolie pute de Vatapuna », où la mère, « vide et sans bonté », abandonnera la fille. D'où la fille, décidée à rompre le schéma familial, partira.

Alors, Vera Candida (la fille) nous embarquera avec elle en métropole. Silencieuse, taciturne, obstinée, elle nous laissera pudiquement une fenêtre entrouverte sur sa vie. Nous regardera en coin, et continuera son chemin. Sans être sympathique, elle est néanmoins admirable.

Est-ce une histoire de femmes? Oui, indubitablement. N’est-ce qu’une histoire de femmes ? Non. Certes, par la force des choses - et de l’histoire - Véronique Ovaldé conte le destin de cette lignée de filles sans père. Mais sans entrer dans un combat revanchard, contre les hommes, la vie, la fatalité, l’auteure nous propose tout l’inverse du prévisible. L’inattendu nous guide : chaque pas est une inconnue.

La justesse

Si le titre des chapitres et l’usage des parenthèses me titillent parfois, la justesse des mots de l’auteure me séduit. Ni trop ni trop peu, Véronique Ovaldé est précise et ses images sont étonnamment justes.

Et c’est alors moins l’histoire que la jeune femme qui capte mon attention. L’humanité avec laquelle Véronique Ovaldé la décrit est épatante. La description des sentiments, à la fois pudique et détaillée permet au lecteur de voir au-delà de l’histoire et de percer, par endroit, l’intrigue que constitue cette fille-mère-femme, Vera Candida.

Histoire de génération et de schémas rompus certes, histoire de femmes, histoire de mères dont la maternité commence par la soumission et la souffrance, évidemment. Véronique Ovaldé nous livre surtout une histoire de combats pour soi et contre personne. De recherche de liberté. D’empouvoirement, comme certains diraient aujourd’hui.

La phrase : « La vie commune c’est le temps et le déni du temps. »

Le tip : Où est cette île, Vatapuna, et quelle est cette métropole ? Tout et rien, nulle part et partout.

L’itinéraire : Véronique Ovaldé, Ce que je sais de Vera Candida, Ed. J’ai lu, 2009. 320 p.

Le guide : La Kube et la librairie Coiffard

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