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Petit pays, Gaël Faye


Quand je pense au titre Petit pays, je pense à Cesària Évora et à Hocus Pocus, je pense aussi à Gaël Faye, en chanson. Jusqu’au mois d’octobre 2016, j’avais surtout la mélodie de Cesària Évora en mémoire. Et puis, j’ai eu ce livre en tête, en mots, en promotions, autopromotions, sur Twitter, Instagram et Facebook, en critiques, en chroniques, en lauréat et en prix.

J’ai redécouvert le visage de Gaël Faye que je ne savais pas écrivain. J’ai fermé les yeux pour ne pas trop en lire de ce livre que je n’avais pas lu. Je n’achète pas les livres aux prix qu’ils obtiennent.

Au pays de : « Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l’harmonie familiale s’est disloquée en même temps que son « petit pays », le Burundi, ce bout d’Afrique centrale brutalement malmené par l’histoire. »

L’attente

Malgré toutes mes tentatives pour ne pas trop en savoir, je n’ai pas pu m’empêcher de comprendre que ce livre a été encensé par de nombreux lecteurs et critiques, en plus d’avoir notamment obtenu le prix Goncourt des Lycéens. Il est difficile, alors, d’entamer ma lecture, vierge de toute attente.

Un peu avide, faussement patiente, je débute alors ma lecture. Je lis l’enfance, les jeux, les moments de bonheur. Je sens les mangues, tombées des arbres des voisins et j’entends la rivière couler, là-bas. Je touche la terre et les petits cailloux de l’impasse où Gabriel, ses amis, sa famille vivent. J’aperçois une ombre dans le regard de sa mère, rwandaise, j’entends son père belge et les Français détenir un bout d’Afrique, j’entends leurs rires alcoolisés.

Je suis au Burundi, et ne comprends pas très bien ce que j’y fais.

Le bruit de fond me donne cependant un indice et je devine qu’une rupture est imminente dans la vie de Gabriel. Il nous le fait lui-même comprendre, grâce au double temps de la narration. Aujourd’hui et depuis 20 ans, il est en France, exilé. Mais il est aussi au Burundi, vivant ses derniers instants de joie enfantine.

Je voyage sans être entièrement transportée par Gaël Faye : si son écriture est indéniablement agréable parce que simple, peut-être plus poésie que littérature, ses métaphores sur-imagées cassent parfois l’harmonie des phrases sans fioritures.

Le trouble

Peu à peu, la violence prend place dans le récit : le Rwanda est théâtre de massacres ethniques, et les Burundais, voisins, s’organisent dans la violence. Gabriel y assiste. Sans comprendre les enjeux, il décrit. Les yeux enfin ouverts sur les problèmes identitaires qui s’apprêtent à déraciner son peuple, il décrit. Tout est doux dans le récit de l’auteur. Indiciblement, je ressens sa distance.

Le témoignage du personnage principal devient progressivement poignant et dramatique. Pourtant, quelque chose me trouble. Malgré ses récits d’horreurs, je reste emplie d’une nostalgie enfantine, je garde les yeux fermés. Je reste avec ce garçon, dans sa chambre, sur son lit, dévorant des livres pour mieux s’évader, pour ne pas entériner cette réalité qu’il refuse.

Petit Pays est un livre nostalgique et mon inconscient n’arrive pas à associer deux sujets si antagonistes : génocide et nostalgie. Évidemment, l’un précède l’autre et c’est alors plutôt logique. Mais dans Petit Pays, l’autre domine l’un. L’autre est sujet, l’un contexte.

J’en suis restée troublée… Sans doute parce que je me sens coupable de ne pas avoir été bouleversée.

Petit Pays est un récit doux, parfois joyeux. C’est un roman sur l’enfance et sur son passage - parfois dans la douleur - à la vie d’adulte. Petit pays est un témoignage dramatique. Un roman sur la découverte violente du monde. Petit pays est une recherche, celle d’un « paradis perdu ».

La phrase : « Et quand vient le matin, on s’étonne d’être encore là, d’entendre le coq chanter, de voir la lumière sur les collines »

Le tip : Petit Pays n’est pas autobiographique, contrairement à ce que l’on pourrait penser à sa lecture.

L’itinéraire : Gaël Faye, Petit Pays, Éditions Grasset, 2016. 224p.

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