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Mille regrets, Vincent Borel


Quel est donc cet étrange livre qui mélange histoire et religions, hommes et dieux, galères et palais, Orient et Occident, rêves et réalité ?

Au pays de : « À la barbe des dieux, trois hommes s’échappent des galères grâce à un naufrage. Nicolas le chantre castré, le graveur Sodimo et le Turc Garatafas croient retrouver leur liberté. S’ils ne sont plus ballottés par les flots, ils sont toujours le jouet des caprices divins. Des Flandres à l’Espagne, leur périple terrestre a des allures picaresques. Au ciel, Yahvé, Allah et Dieu le Père ripaillent… »

Mille regrets est sans aucun doute un livre puissant et un peu fou, chargé de mots et d’histoires, comme l’on charge une galère d’esclaves et de tonneaux. J’ai lu de ce livre qu’il est ambitieux, c’est peu dire. Peut-on pêcher d’érudition par ambition ?

L’indécision

Au quart de ma lecture, Vincent Borel me perd sans égards. L’histoire accroche, les mots décrochent et entachent ma lecture. Riche et ancien, le vocabulaire utilisé par l’auteur aura le mérite de me bousculer, et de me rappeler, comme à quiconque l’oublie, que le français est une langue aussi pointue qu’exhaustive. Et, puisque lecteurs et personnages sont dans le même bateau, - oserai-je dire la même galère ? -, je respire et m’accroche, cherche l’horizon pour lever la vue et entr’apercevoir, au loin, des mots à ma portée.

Et quand cela arrive, la loufoquerie de l’histoire de Vincent Borel me bouscule de nouveau. L’originalité avec laquelle l’auteur nous présente son histoire est unique et sans concession. En maniant des pensées aussi paillardes que religieuses et des descriptions aussi douces que crues, Vincent Borel est maître de tout et s’accorde toutes libertés, tant en histoire qu’en humour : au contexte vieux de six siècles s’ajoutent des références humoristiques contemporaines, et aux mortels se joignent les dieux.

Mille regrets n’est pas un voyage, mais une tempête. Comme un tourbillon, il peut facilement exclure.

Le répit

À la moitié de ma lecture, l’auteur semble vouloir m’accorder du répit. Je reprends mon souffle et retrouve les mots. Serait-ce parce que nous avons enfin touché terre ?

La tempête se calme et les mots trouvent majoritairement leur place dans mon horizon littéraire. Ils me bercent et ne m’agitent presque plus. L’histoire prend de l’ampleur à mesure que les personnages nous sont dévoilés. Le Turc, le graveur et le castré ne sont libres que de leurs chaînes. Leurs histoires, pleines d’humanité, en deviennent universelles malgré les siècles et les continents qui peuvent nous séparer.

Et si le contexte est si fabuleusement décrit qu’il redevient parfois tourbillon, je décide de rester dans l’œil du cyclone pour être certaine de ne rien rater de ce périple historique et incroyable.

La phrase : « La survie impose de se renier, Garatafas. Sans cela, serais-tu encore de ce monde ? Se renier, ce n’est point mourir à soi-même, c’est mourir aux autres pour revivre, pleinement et librement. »

Le tip : Abandonnez votre dictionnaire, il ne fera que vous ralentir.

L’itinéraire : Vincent Borel, Mille regrets, Éditions Points, Coll. Grands romans, 2004. 360 pages.

Le guide : Box littéraire Exploratology.

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