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La vie devant soi, Romain Gary


​Romain Gary, Émile Ajar, La vie devant soi.

Pour beaucoup, l’évocation de l’auteur et du titre suffit. Des étoiles dans les yeux pour les uns, des exhortations à lire ce livre, absolument, pour les autres. Et une question : « tu ne l’as pas encore lu ? ». Il était pourtant dans la bibliothèque familiale depuis tellement d’années : l’approche était facile, la considération n’était même pas financière. Temporelle ? Peut-être puisque le souvenir de la couverture m’est familier. Aurais-je déjà tenté de le lire, ce livre incontournable ? Sans doute.

J’ai réitéré et j’ai bien fait.

Au pays de : « Histoire d’amour d’un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre la vie parce que « ça ne pardonne pas » et parce qu’il n’est « pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur ». »

Je le lirai ce livre. Il a même voyagé pour que ce voeu se réalise enfin. Mais maintenant, j’appréhende et tourne autour. Il est beau, il doit être beau, il devra être beau, ce livre.

L’incertitude

« Je vous dis ça tout de suite pour vous épargner les émotions plus tard »

Est-ce l’histoire racontée par un enfant-adolescent ? Est-ce les mots bruts, familiers, inconscients, insolents ? Est-ce cette recherche de sens ? Est-ce l’oralité ? Pourquoi La vie devant soi me fait tant penser à L’attrape-cœurs de J.D.Salinger ? Alors que pour certains, cette référence est sans aucun doute un bon présage, pour moi, elle signifie la crainte d’une rencontre ratée.

Mais alors que Holden, chez Salinger, me « filait le bourdon », alors que le fil de ma lecture me laissait insensible et que peu à peu, l’espoir d’une éclaircie bienvenue disparaissait, Momo m’a fait l’effet inverse. Sous la tristesse se cachent l’espoir et la résilience. Momo et sa famille de quartier nous l’apprennent. Momo nous raconte une histoire, la plus belle et la plus dure : celle que personne n’a envie de lire et qui pourtant est la plus importante.

L’évidence

« Mais je tiens pas tellement à être heureux, je préfère encore la vie. »

Mais quel est cet étrange gamin sans âge ? Mais quel est cet étrange philosophe de 10 ans ? Quel est cet absurde écrivain de vie ?

Quand on connaît Momo, tout devient plus beau, le soleil est pus fort et le vent plus léger. Malgré la vie, la sienne, la nôtre. Il fait rire, penser, pleurer. J’ai ri, triste.

J’ai lu et levé les yeux. Ils se sont perdus, mes yeux, après avoir lu. Dans le vague, dans la mer. J’ai pensé, regardé en avant en arrière. Penser.

La vie devant soi est un roman. Ni essai ni développement personnel, il m’a pourtant touchée bien plus que certains livres de ces catégories. Il m’a fait m’arrêter. Et m’a aidée à reprendre mes pensées, les plus tristes, pour aller au-delà, parce que « moi je trouve qu’il faut pas chercher la tristesse ».

Est-il utile de préciser que je relirai sûrement La vie devant soi ? Non. Ni d’ailleurs que je relirai Ajar, Gary, Émile ou Romain. Est-il utile de préciser que j’exhorterai, aussi, mon prochain, à lire ce livre ? Non plus.

La phrase : « Je l’ai embrassée encore plus parce que je ne voulais pas qu’elle s’imagine qu’elle me dégoûtait. »

Le tip : Vous aviez commencé La vie devant soi il y a dix ans ? Il est sûrement temps de retenter votre chance.

L’itinéraire : Romain Gary, La vie devant soi, Éditions Folio (édition originale : Mercure de France), 1975. 286 p.

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