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La tresse, Laetitia Colombani


​- « Tu le connais, toi, ce livre ?

- J’ai entendu qu’il était bien.

- Ah oui ? Il parle de quoi ? »

Les deux femmes devant moi s’approchent d’un rayonnage de la Fnac. Celui qui ne peut être évité, justement là pour accrocher le regard, et susciter les interrogations. Tête de gondole.

On est samedi, à Paris. La Fnac est bondée. Les deux femmes me bloquent la vue. Je ne vois que le jaune d’une couverture. Un jaune brillant, solaire. Elles s’écartent, devisant des romans à lire cet été. J’aperçois le noir et l’ombre d’une femme coiffant les cheveux d’une petite fille. Puis le titre : La tresse.

Au pays de : « Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté. […] Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est réservé et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité. »

L’efficacité

C’était peut-être il y a quinze ans. Chaque soir, ma sœur me tressait les cheveux avant que j’aille me coucher. J’étais, à l’époque, incapable de le faire moi-même. Trois brins et une simple fonction : tenir mes cheveux, les garder en ordre. Qu’ils passent la nuit. Je repense à ses gestes d’une énergie et d’une efficacité sans pareil.

Une tresse à trois brins se doit aussi d’être efficace, c’est son objectif. Elle n’est pas belle, elle est utile. Elle n’orne pas, elle est pratique.

À l’image de ces tresses, Laetitia Colombani est efficace. Chaque chapitre a une mission, celui de délivrer une partie de l’histoire. Chaque mot les clôturant renferme une ambition : retenir la curiosité et l’attention du lecteur.

La tresse est construit comme un film - son auteure est scénariste. Ses phrases donnent de l’espace et ses chapitres donnent du rythme. Ses personnages colorent l’histoire et leurs accents prennent vie sur nos lèvres.

Le courage

Et, si certains tics de langage alourdissent la poésie de l’ensemble, Laetitia Colombani est suffisamment agile pour ne jamais s’appesantir sur les détails qui pourraient paraître trop « faciles » : l’ampleur des destins des trois femmes que l’on suit le temps d’une décision rend ces détails insignifiants.

Comment perpétuer son héritage sans le trahir ? Comment donner une chance à son enfant, en l’éloignant de son destin ? Comment combattre une maladie grave, l’accepter et s’accepter, nouvelle ?

La tresse est une histoire de vie et de survie. De courage et de risque, d’abandon et de renaissance. C’est une histoire de femmes. C’est une histoire de liens de force.

À l’image de ces tresses, encore, Laetitia Colombani est utile.

Désormais, je fais mes tresses toute seule.

En rentrant de la Fnac, j’en ai fait à ma sœur.

Aux tresses, et « aux femmes courageuses ».

La phrase : « Saisir les brins, dans la botte, trois par trois,

Les nouer sans les casser.

Et puis recommencer.

Des milliers de fois. »

Le tip : Sous ses allures de lecture d’été, La tresse n’a pas de saison.

L’itinéraire : Laetitia Colombani, La tresse, Éditions Grasset et Fasquelle, 2017. 224 p.

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