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L'enfant qui, Jeanne Benameur


L’enfant qui n’a pas de complément, et sa relative est sans fin. Phrase sans verbe, seul le sujet existe. L’enfant. L’enfant porte la disparition d’une mère, l’incompréhension d’un père et la douleur d’une grand-mère. Il part à la rencontre de ce lien invisible qui l’unit à la femme qui l’a laissé, un jour, au bord d’une rivière.

Au pays de : « Trois trajectoires, trois personnages différents mis en mouvement par la disparition d’une femme, à la fois énigme et clé ».

La magie

Dans L’enfant qui, les mots sont magie. À la fois conte et poème, à la deuxième personne du singulier - coïncidence de mes lectures - le roman de Jeanne Benameur nous conduit aux frontières des vies. Réelles, imaginées, subies, libérées. Qu’auraient-elles été si… ?

Ce poème-rivière nous mène aux confins de l’univers et à l’aube de l’imaginaire. Il y fait froid. Nos oreilles bourdonnent. Les couleurs dansent et la peinture de l’histoire se dévoile. En pleine nature, au monde et loin du monde, source de vie ou de folie, l’enfant est. Non pensé. Il est et erre. Mais il sait.

Le court texte de l’auteure est une bulle de douceur violente où une étrange famille terrassée par l’indicible - autant le drame de l’absence que le silence de la présence - retrouve la conscience de soi par les sens. Ils hument, aperçoivent, touchent… Chacun se meurt et revit en pensant à celle, disparue, qui les unit. Ils la cherchent, parfois la trouvent, en souvenir ou dans le vent.

La liberté

Dans L’enfant qui, livre-communion, on ne lit pas avec les yeux.

La douleur des vivants est comme une maison : à plusieurs étages. Pour les atteindre ces différentes strates de souffrance, pour les dépasser, il faut lever sa vue et son imagination au-delà de l’horizon. Il faut gratter la terre, à genoux, enfouir sa main jusqu’à ce que la matière colle et s’accroche.

Parce que la nature ouvre le champ des possibles, c’est par elle que chacun pourra, peut-être, renaître. L’enfant qui raconte la construction dans l’absence ; la vie et l’acceptation d’un deuil à l’unisson avec la nature, où l’on retrouve les morts comme l’on se retrouve soi.

À chercher la vie, on trouve son essence. À chercher la mère, on peut trouver sa liberté.

La phrase : « Toi tu portais tout sur ta tête. Seul. Parce que sans le vouloir tu avais accepté tout l’obscur à tes pieds. »

Le tip : Vous ne comprendrez peut-être pas tout. Là est la magie.

L’itinéraire : Jeanne Benameur, L’enfant qui, Éditions Actes Sud, 2017. 128 pages.

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