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Ce vain combat que tu livres au monde, Fouad Laroui


Au pays de : « Assis à la terrasse d’un café parisien, Ali et Malika bavardent paisiblement. À les voir ainsi, jeunes et amoureux, un avenir radieux devant eux, qui pourrait croire que leur existence va bientôt basculer dans l’enfer ? »

Je viens d’achever ma lecture de Ce vain combat que tu livres au monde. Deux jours m’auront suffi. Il y a tant à en dire que j’aimerai presque m’arrêter là, de peur de vous ôter l’envie d’aller découvrir l’écriture moderne et précise de l’auteur Fouad Laroui.

La lumière

Les premières pages n’indiquent évidemment rien du drame pernicieux qui éloignera les deux personnages principaux, tout au contraire, Fouad Laroui use de codes narratifs modernes pour aborder une histoire banale : l’histoire d’amour entre un immigré et une fille d’immigrés.

Banal, et moderne, tant dans le format et le sujet traité, le début de Ce vain combat que tu livres au monde interpelle le lecteur par sa simplicité, son optimisme. Malika et Ali sont lumineux. Ils brillent par leur humour et leur finesse d’esprit, acceptant qui ils sont, plus encore qui ils ne sont pas.

Et aussi soudainement que les incursions de Fouad Laroui dans sa propre narration, l’Histoire s’immisce dans le couple. Troisième personnage principal, elle devient omniprésente, à la fois cause et conséquence.

Omniprésente alors, elle réussit, comme à son habitude, à montrer toute la dualité de sa personnalité. L’Histoire éclaire comme elle assombrit, et selon son lecteur, elle interroge, ou elle répond.

L’obscurité

Ali et Malika deviennent peu à peu otages de leur Histoire. L’auteur tente de révéler le fil ténu qui sépare lumière et obscurité, immigré et étranger, histoire et propagande, interrogations « objectives » sur le passé, et embrigadement : Fouad Laroui narre avec contemporanéité la chute d’un individu, l’échec d’une société. Et s’il parle bien d’islam, il ne s’y arrête pas. Sa parole se veut universelle : les croisades, passées ou présentes, sont absurdes.

Fouad Laroui écrit avec humour la simplicité des vies, avec cynisme les complexités du monde. Pédagogue et exigeant avec l’Histoire, il construit un roman possible, probable, réel.

Et si Le Monde s’arrête au personnage de Malika, « le plus intéressant du livre » ; si La Vie trouve « dommage[s] » les commentaires didactiques du narrateur, Ce vain combat que tu livres au monde a le mérite d’éclairer et de donner à voir l’obscurité pour, peut-être, ramener la lumière.

Très vite, je comprends que ce livre m’était indispensable. J’y ai aperçu l’histoire du monde arabe — sans doute simplifiée ici —, souvent assourdie, une histoire de la mélancolie. L’histoire d’identités plurielles, aussi. Surtout.

La phrase : « On parle de “souche” comme si c’était l’idéal d’être enraciné dans le sol, bien profond, immobile… Et en même temps, on dit “l’homme aux semelles de vent” pour Rimbaud ? Avec admiration… Les semelles de vent, c’est quand même le contraire de la souche, non ? »

Le tip : Quelques jours vous suffiront pour découvrir ce livre.

L’itinéraire : Fouad Laroui, Ce vain combat que tu livres au monde, Éditions Julliard, 2016. 288 pages.

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