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Suisen, Aki Shimazaki


​Au pays de : « Chef d’entreprise prospère, marié et père de famille censément comblé, Gorô se voit contraint de reconsidérer l’équilibre de son existence et de se regarder en face le jour où toutes ses convictions sont ébranlées. »

Suisen est un petit livre pour une petite vie. C’est une petite vie pour un petit homme, un peu perdu, un peu blessé et tout à fait antipathique.

La jubilation

Découvrir Aki Shimazaki grâce à son livre Suisen, c’est s’offrir involontairement une double rencontre, particulièrement absurde.

Le côté pile de celle-ci vous déstabilise. Froide, d’une efficacité chirurgicale, économe, sans fioritures ni lyrisme, l’écriture de l’auteure japonaise (qui écrit en français) sert parfaitement son sujet : le côté face ou l’homme que l’on suit pas à pas dans sa découverte impromptue du doute et l’observation de sa propre déchéance.

Et sans fausse pudeur, que c’est rafraichissant de lire un homme méprisant ! De s’arrêter enfin sur ces personnalités imbues, souveraines et dominantes et de les voir trébucher et assister, impuissantes, à la reprise du pouvoir par ces autres personnes, silencieuses, qui dans l’ombre et sans vengeance ni méchanceté reconquièrent leur propre vie.

La tristesse

Mais que c’est triste de lire un homme méprisé ! Car même si assister à la chute du dominant plutôt qu’aux luttes des soumis est jubilatoire, l’auteure n’en reste évidemment pas là.

C’est avec délicatesse qu’Aki Shimazaki accompagne cet homme égocentré et aveugle aux autres. C’est avec finesse qu’elle nous guide dans les méandres d’une psychologie basse et heurtée. Et c’est avec intelligence qu’elle permet le doute à son personnage principal, comme à ses lecteurs. Qu’elle ouvre les blessures de l’un, pour attirer l’empathie des autres…

Et parce que l’humanité est souvent ce qu’il nous reste, la jubilation, même coupable, s’efface pour laisser place à une tristesse profonde qui rappelle que tout existe, et que si les raisons sont souvent compréhensibles, elles ne peuvent tout excuser…

La phrase : « Je crois toujours que, pour former un couple idéal, l’homme doit être supérieur à sa femme sous tous les rapports. »

Le tip : Si vous lisez pour atteindre une certaine sérénité, vous pouvez éventuellement passer votre chemin…

L’itinéraire : Aki Shimazaki, Suisen, Éd. Actes Sud, 2017. 168 pages.

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