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L’enfant qui mesurait le monde, Metin Arditi


Au pays de : « Sur l’île de Kalamaki, Yannis, un enfant autiste, mesure chaque jour l’ordre d’arrivée des bateaux, les quantités pêchées, le nombre de clients du café Stamboulidis. Il cherche à capter l’ordre du monde. Un projet de construction vient diviser l’île et menacer l’équilibre. Mais il y a Eliot, un architecte américain qui étudie le Nombre d’Or. Une amitié […] se noue entre l’homme et l’enfant. »

En mélangeant politique, architecture, histoire, religion, fraternité, amitié et amour, Metin Arditi, que je ne découvre que maintenant, propose tout en douceur, une histoire du monde et de la Grèce.

La tendresse

Une mère qui pêche en pleine mer au plus sombre de la nuit, un père-maire-démissionnaire et irascible, une journaliste lucide jouant le jeu des politiciens, un prêtre réaliste et humaniste, un enfant qui ne trouve de repos que dans la stabilité des chiffres, et un architecte grec américain en deuil… L’histoire de Metin Arditi dans L’enfant qui mesurait le monde aurait pu être une fable humoristique à la manière de l’auteur finlandais Arto Paasilinna : la galerie de personnages ne manque pas de caractère. Chacun est « haut en couleur », mais les nuances sont, en revanche, pastel.

Metin Arditi embrasse les failles de ses personnages avec humanité et c’est dans leurs failles qu’il les construit. C’est avec tendresse qu’il les décrit, car chacune de ces failles est une différence.

Sur l’île de Kalamaki, le monde est sensible. Est-ce ce qu’il reste du théâtre ancien ? Est-ce la douceur de vivre d’une vie de village où tout le monde se connaît ? Ou est-ce le bleu azur d’une mer de caractère ? Est-ce la présence de ce garçon peu ordinaire qui recherche l’équilibre du monde par l’ordre des chiffres et qui, dans son insaisissable comportement, réunit les uns et les autres ? Peut-être est-ce ce tout qui confère à l’île une tendresse hors du commun.

Pourtant, la vie est dure ces derniers temps sur Kalamaki et la question qui anime l’île n’est pas dépourvue de conséquences. Dans un pays en crise, faut-il continuer à être « le pays qui a été » ?

Le calme

La vie est dure mais la tempête est calme. Et malgré les reliefs de l’île, le vent ne souffle pas.

L’enfant qui mesurait le monde est une histoire simple, belle, où les enseignements sont légion, comme les bons sentiments. La douceur de vivre d’une île de la méditerranée aura sans doute pris le pas sur la difficulté d’un pays et de ses citoyens. Malgré tout, Metin Arditi étonne jusqu’au dernier instant et permet au lecteur de rester sur sa faim, pour le meilleur sans doute. Je serai restée volontiers quelques instants encore, en bordure de terrain, cachée par des pins, à regarder un enfant apprendre à nager dans les bras de sa mère, et à apprendre que le monde ne peut s’équilibrer que parce qu’il change.

La phase : « Cet enfant porte en lui toute la douleur des hommes, se dit Kosmas. L’immense solitude et l’impossibilité désespérante de s’ouvrir à l’autre. »

Le tip : Maraki, Vassili, Stephanos, Nikitas, Savalas, Andreas, Yannis, Eliot… Faites attention, vous pourriez bien perdre au jeu du Qui est qui !

L’itinéraire : Metin Arditi, L’enfant qui mesurait le monde, Éditions Points (Éditions Grasset et Fasquelle, 2016). 264 pages.

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