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Les frottements du cœur, Katia Ghanty


​Au pays de : « En mars 2016, à la suite d’une grippe, Katia Ghanty est emmenée à l’hôpital dans un état critique. Son cœur est très affaibli, elle est en danger de mort, et les premiers soins et traitements ne suffisent pas : les médecins décident de la brancher, en urgence, sans l’endormir, à un appareil assurant une circulation du sang extracorporelle. Elle sera raccordée sans sédation pendant 6 jours à cette machine, puis passera près d’un mois et demi à l’hôpital, entre rechutes et surveillance, services de réanimation, cardiologie et soins intensifs. »

Peut-être faut-il que je le précise tout de suite, quand Katia Ghanty m’a contactée pour me proposer de lire son livre, j’étais curieuse. Quand j’ai reçu Les frottements du cœur, quand j’ai relu la 4e de couverture, j’étais sceptique.

Le scepticisme

J’ouvre le livre, curieuse de découvrir ce récit-témoignage, curieuse de la manière dont Katia Ghanty a pu écrire et raconter. J’ouvre le livre, assise sur mes jugements, liés probablement aux clichés du genre. Je cherche surtout des réponses à une question : doit-on témoigner de tout et de la vie ? Qu’aura-t-elle à dire sur plus de 300 pages ? Témoigner oui, mais de quoi ?

J’entame ma lecture et suis agréablement surprise du ton de Katia. Sobre, rapide, efficace. La familiarité de son langage rend étonnamment son écriture plus délicate. Je sais alors qu’il n’y aura pas de pathos. Et peu à peu, mon scepticisme se prend au jeu, passe son tour et redonne ses cartes à ma curiosité. Qui s’accroit.

L’emballement

Je lis maintenant avec frénésie. L’emballement de mon cœur donne le la à mes yeux, et rythme la fréquence des pages qui se tournent. Je ris de son humour resté intact et pleure d’autant de douleur.

Malgré la souffrance, l’auteure réussit à garder près d’elle ses lecteurs. Malgré le récit qu’elle en fait, malgré l’oppression que ses expériences provoquent en moi, malgré mon besoin de respirer de l’air frais, cloitrée que je suis, avec elle, dans sa chambre d’hôpital, je reste.

Pourtant, à plusieurs reprises, j’ai refermé le livre. Pas par ennui, pas par manque de temps, mais par nécessité. Cette nécessité absolue de reprendre mon souffle et de calmer les battements de mon cœur. Par besoin de sortir de cette empathie violente que la lecture du roman peut risquer de créer. Souffrir avec.

Être avec. Je reprends ma lecture parce que désormais, je suis là-bas. On est en famille, en famille de mots. Silencieuse, je me suis tapie sous les lettres, et je me tais, derrière les points de suspension. Je souffre à distance et crie en différé. Je lui tiens la main aussi. J’assiste à son combat, évident et nécessaire, pour la vie.

Katia Ghanty est aussi honnête que lucide. Dans ce journal hospitalier, il n’y a rien que la vie. Son parcours médical incroyable traduit une force et une humanité omniprésentes et pudiques. Qu’aux frottements du cœur succèdent toujours, les battements de la vie.

La phrase : « Tant qu’on est debout, on joue. »

Le tip : Chers hypocondriaques, réfléchissez à deux fois avant d’ouvrir ce livre.

L’itinéraire : Katia Ghanty, Les frottements du cœur, Éditions Carnets Nord, 2017. 384 pages.

Le guide : Merci à Katia Ghanty pour la confiance qu’elle m’a accordée en m’envoyant son livre, et pour la gentillesse de ses messages.

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