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Clandestines, Christine Deroin


​Au pays de : « Une vieille dame, repliée sur elle-même et méfiante par expérience, se retrouve la seule personne à la peau blanche de son immeuble du 18ème à Paris. Deux personnes vont surgir dans sa vie, Diaminatou, une petite fille africaine à la recherche de sa mère disparue et Idiatou, une jeune malienne, sans papiers. Une clandestine. […] »

Fable tragi-comique où la cruauté sommeille dans chaque acte de bienveillance, Clandestines de Christine Deroin est une étonnante découverte.

De tristesse et d’angoisse

Que peut donc bien cacher ce court roman ? Qu’observe-t-on par le judas de ce dernier étage ? Qu’y a-t-il de l’autre côté de la porte ? Humanisme ? Ouverture sur l’autre ? Peur ? Si l’amitié nous est contée par Christine Deroin, elle n’existe alors qu’en trompe-l’œil. N’espérez pas sentir de la bienveillance ou toucher du doigt la gentillesse en tournant les pages de ce livre, il n’en sera rien, ou si peu.

Du judas d’où j’observe, je cligne des yeux et je vois la tristesse.

La tristesse de deux solitudes qui se font face. Celle d’une Malienne sans papier, seule en haut d’un escalier. Sans solution ni avenir que celui d’être « à la porte » et dont les éclats de rire ne cachent que trop bien la détresse. Celle d’une vieille dame ni abandonnée ni mal aimée. Non aimée, seulement. Inexistante. Dont le fantasme de fin de vie est d’avoir une amie. Dos à dos puis face à face, mis en mouvement par un ballet de peur et d’envie, Colette et Idiatou se croisent et se trouvent.

Du judas d’où j’espionne, je vois une lutte silencieuse.

Dois-je ouvrir et dois-je m’ouvrir ? Colette hésite. Qui est-elle et qui est cette autre ? Ombre ou lumière ? Est-ce le miroir de ses peines ou l’exacte représentation de ses espoirs ? Idiatou se méfie, et, de tasses de thé en viennoiseries, accorde sa confiance. Quel mal y a-t-il au besoin mutuel ?

De ce judas en face de moi, je ne perçois que de l’angoisse. Résonnent la dépendance et les maux du monde, l’égoïsme cruel que la domination sur autrui crée. Les pensées obscures d’une femme désespérément seule m’étouffent. La naïveté d’une jeune femme neuve au monde qui l’entoure m’anéantit.

Mes coups sourds sur cette porte à 10 points de sécurité restent sans échos. Et de ce judas ne franchit que mon impuissance.

Du judas dont je replace le cache, j’ai vu le monde. Submergée d’amertume, comme ce qu’avait pu créer ma lecture de Chanson douce de Leïla Slimani. À l’inverse cependant, l’objectif semble clair, et les clés de lecture sont fournies pas Colette, elle-même.

Christine Deroin a un style évident, de ces écritures qui font oublier l’auteur.e. Seule l’histoire se déroule. Christine Deroin ancre le lecteur dans le présent, sans demander la permission. Elle ne s’interroge pas sur l’utilité de son récit. Elle le délivre. Cette présence au monde s’impose et impose au lecteur une dimension du réel non fantasmé. Sans fioritures. Parce que, cette fois-ci, l’histoire de Clandestines n’est pas un fait divers, il n’est pas saisonnier. Il est là, tous les jours.

La phrase : « Le courage. Un truc qui s’éteint. Je m’en suis rendu compte le jour où j’ai frissonné de crainte. Je me suis mise à regarder derrière moi. À fermer la porte de mon immeuble avec précipitation. À me coller au distributeur de billets. À respirer plus fort dès que je croisais un groupe : jeunes, Noirs, Arabes… les trois frayeurs des vieilles dames. Ils le disent aux informations. Trop de télévision ? Foutu temps à combler. »

Le tip : Quelques heures devant vous, et l’envie furieuse de sonder l’âme, de trier le bon du mauvais ? Ce court roman ira très bien.

L’itinéraire : Christine Deroin, Clandestines, Éditions Chèvre-feuille Etoilée, 2015. 144 pages.

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