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La patience du baobab, Adrienne Yabouza


​Au pays de : « La jeune et jolie Aïssatou nous raconte son histoire. Celle d’une Centrafricaine amoureuse d’un Français. Il s’agit donc maintenant de quitter Bangui pour la Bourgogne… »

Quelques heures de vol séparent la Centrafrique de la France, quelques minutes ont permis à Rémi de rencontrer Aïssatou et d’en tomber amoureux, quelques secondes de peur ont suffi à celle-ci et sa famille pour décider de s’exiler en République du Congo. Il faudra bien plus que des secondes, des minutes et des heures pour qu’Aïssatou puisse enfin découvrir la Bourgogne et ses vins.

Livre court pour long voyage, La patience du baobab n’est pas le récit d’une adaptation, d’une intégration ou d’un exil. C’est une parenthèse douce-amère. Un moment d’entre-deux. Aïssatou offre ses pensées, ses rêves, ses espoirs et ses mots, les derniers, sur le continent africain.

La fraicheur

« C’était la bordellerie ordinaire à l’aéroport. »

Les couleurs des boubous font rougir les mots d’une langue locale fraiche et riche. Et c’est pétillante de naïveté et de mots français africains qu’Aïssatou m’embarque. Il fait chaud, j’ai soif, la poussière des pots d’échappement recouvre la mienne, de peau. Pas de temps à perdre, dans La patience du baobab, deux mariages se préparent.

De l’amour qui occupe Aïssatou, comme son amie Ambroisine, qui se marie dès les premières pages, le lecteur n’aura que le concentré : la vie, sans romantisme et sans fleurs. Seulement les rendez-vous d’ambassade, les jugements supplétifs, les papiers tamponnés, le crédit de téléphone chez Orange, et les minutes d’attente, sur le perron de la maison, là où ça capte.

Les mots de l’auteure sont à l’image de la philosophie qu’elle transmet : dans la joie, l’ironie et la souffrance, le temps, toujours, fait son chemin : demain, après tout, n’est qu’un bâton sur un cahier d’écolier.

La profondeur

« Ça fait presque dix ans qu’on se connait ! C’est facile de s’en souvenir, c’est juste avant l’entrée triomphale, avec armes et bagages (armes surtout !) de Boz Yangouvonda à Bangui, qu’on s’est parlé pour la première fois. »

Si cinq bâtons font cinq jours, ces 176 pages d’Afrique content bien plus qu’une histoire d’amour bicolore. Souviens-toi de la faim et de la souffrance de s’endormir le ventre creux, souviens-toi des cartes sim cachées lors des attaques rebelles, ici, le calendrier résonne par les armes et privations.

Adrienne Yabouza parle de son pays et des épreuves, de l’autre côté du miroir. Sans plaintes ni complaintes, l’auteure dépose avec intelligence et bienveillance une histoire « ordinaire » : l’histoire du colonialisme, des blancs et des noirs, du français d’Afrique qui donne vie avec poésie à un quotidien parfois poussiéreux où il faut mouiller la barbe, sinon parler sans accent pour arriver à ses fins.

Mais quand un cœur « s’orage […] nuit et jour », il faut « la patience du baobab » pour raconter une histoire qu’on lit trop peu, et désamorcer les clichés qui assomment.

La phrase : « Les papiers pour se marier, c’est plus simple que les papiers de réfugié, mais c’est des papiers, et il y a toujours partout le chef des papiers, le sous-chef des papiers, la secrétaire du sous-chef des papiers, et même le planton qui garde le bureau de la secrétaire du sous-chef des papiers. »

L’itinéraire : Adrienne Yabouza, La patience du baobab, Éditions de l’aube, 2018, 176 pages

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