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Silence, Shusakû Endô


Au pays de : « Japon, 1614. Le shogun formule un édit d’expulsion de tous les missionnaires catholiques. En dépit des persécutions, ces derniers poursuivent leur apostolat. Jusqu’à ce qu’une rumeur enfle à Rome : Christophe Ferreira, missionnaire tenu en haute estime, aurait renié sa foi. Trois jeunes prêtres partent au Japon pour enquêter et poursuivre l’œuvre évangélisatrice… »

Rien ne me vient alors qu’il s’agit de traduire ma lecture en mots. Quels sentiments, quels ressentis, quel parcours de lecture ai-je eus ? Qu’est-ce que Shusakû Endô a fait de moi, pendant ces 300 pages de Silence ? Rien ne me vient, si ce n’est ce bourdonnement du silence, et le poids d’un livre qui m’a littéralement embarquée, à bord des jonques du 17e siècle, dans son périple autour de la foi. Je suis trois, puis deux, puis un père jésuite, à la recherche de celui qui, peut-être, qui sait vraiment, aurait abandonné volontairement sa foi en terre japonaise. Pour qui ? Pour quoi ? Comment cela peut-il être possible ?

Pour qui et pour quoi sont effectivement les questions qui donnent voix au silence. Silence est certes une aventure autour de la foi, mais également autour du doute qu’elle peut provoquer quand les tremblements de la vie se font sentir. La torture des uns pour l’apostasie des autres est-elle l’unique voie ?

La magnifique poésie de Shusakû Endô ne suffit pas à briser le silence que provoque le doute qui assaille celui qui vit de croyances. Ici, le silence est questions. Qui est fort et qui est faible face à la foi ? Comment perpétuer les paroles et les actes que Jésus a eus face à Pierre, à Judas, et aux autres ? « Ce que tu as décidé de faire, fais-le vite ». Que voulait dire le Christ et quelles étaient ses intentions en prononçant ses mots ? A-t-il, lui aussi, été en proie à l’incertitude ?

Au plus profond de son combat intérieur, même le père Sébastien Rodrigues se perd dans les tréfonds de sa propre foi, de ses propres raisons de croire. Qu’est-ce alors qu’avoir la foi ? Le faible apostasie-t-il quand le fort, lui, résiste et meurt ? Quelle signification doit prendre la souffrance et au nom de qui souffrir ? Au nom de quoi les Japonais chrétiens devraient-ils mourir des prétentions chrétiennes ?

Où est ce Dieu dont la présence n’est marquée que par le silence ?

Dans les neiges millénaires, au fond des prisons japonaises, face à la mer samouraï, le combat du père Rodrigues est un combat contre lui-même. Shusakû Endô en fait un combat universel, et je fais miennes ses questions qui à jamais résonnent. Roman d’aventures, roman historique, roman d’Amour en ce qu’il abrite toujours foi et doute, nul besoin d’être catholique pour lire Silence.

La phrase : « Que veux-je dire ? Je ne le comprends pas bien moi-même, je sais seulement qu’aujourd’hui, tandis que pour la gloire de Dieu, Mokichi et Ichizo ont gémi, souffert et rendu l’âme, je ne puis supporter le bruit monotone de la mer obscure rongeant le rivage. Derrière le silence oppressant de la mer, le silence de Dieu… le sentiment qu’alors que les hommes crient d’angoisse, Dieu, les bras croisés, se tait. »

L’itinéraire : Shusakû Endô, Silence, Éditions Folio (Éditions Denoël, 1992, pour la traduction française). 302 pages.

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