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Bleu comme l'enfer, Philippe Djian


Au pays de : « Réunis par le hasard, Ned, Carol, Henri et Lili roulent à travers les paysages désertiques d’Amérique. Pour fuir Franck, flic hargneux et désespéré, pour rejoindre Lucie, hippie suicidaire, pour sortir Jimmy d’une mauvaise passe, ou tout simplement pour vivre… »*

Premier Djian. Est-il utile d’en dire plus ? Pas de 37° 2 le matin, pourtant le ciel est bleu. Comme l’enfer ? Aussi bleu qu’il l’est. Aussi chaud aussi.

Découvrir Djian quand on a lu Bukowski, c’est replonger en toute conscience et savoir qu’on va se faire avoir, en reprendre encore un peu, alors qu’on sait que l’amertume ne passera pas. Bref, c’est se jeter dans la gueule du loup, sans autre forme de cliché.

« […] parfois la vie a ce goût-là, amer et tiède, il faut aimer. »

OH PUTAIN HIIIIII HEIN ?

Il faut aimer. Lire Bleu comme l’enfer, c’est embrasser la liberté. Liberté totale de ton, liberté totale de style, liberté totale de langage. Totale, avec onomatopées et lettres capitales.

Au début de ma lecture, je me dis donc que c’est daté. Le style ? L’édition ? Les deux ? Je me dis que je ne sais pas trop ce que je fais là, au milieu de ces onomatopées cartoonesques, devant ces flics pourris, ces mecs drogués, ces femmes lessivées par la vie et par les hommes. Je me dis que ça va être long (ça le sera, c’est un road trip), je me dis qu’il faudra que je m’accroche aux portières déglinguées de cette vieille Mercedes et qu’il faudra que je regarde la route, yeux grands ouverts, pour ne pas rendre mon quatre heures. Je me dis que j’ai lu Women et Contes de la folie ordinaire il y a quelques années, que j’ai avalé des kilomètres de violence et d’humanité et qu’à lire vrai, ça vaut le coup.

LIVRE IV

Aux dernières pages, je suis lessivée — moi aussi — par ce road trip et ces hommes. Je suis écoeurée, grisée, un peu dégoûtée, consciente surtout que l’écriture de Djian est comme l’humain : dérangeante dans la liberté qu’il revendique, belle dans les libertés qu’il prend, bouleversante dans les libertés qu’il n’a pas.

Bleu comme l’enfer sent mauvais. Tout y est dit. Rien n’y est épargné. Donc rien n’y est véritablement beau, à part le corps des femmes sans visage, corps dont le moindre pore est scruté, sujet à fantasmes et objet des pires actions.

Rien n’y est véritablement beau et pourtant, les traits de génie, les images, les tournures, les expressions sont d’une poésie inattendue qui transperce la banalité des vies violentes et crasseuses. Les descriptions sont poignantes, puissantes, évocatrices.

Il parait que Djian ne s’est pas tant renouvelé que cela depuis Bleu comme l’enfer. Il paraitrait même que son style a perdu peu à peu de la saveur. Il était donc utile de commencer par son premier roman, pour savoir si un style s’impose, se renouvelle ou se perd…

La phrase : « Avant j’avais cette vision du monde, je pensais que la vie était sacrée, toutes les vies, et c’est sûrement la vérité mais un jour tu t’aperçois que la vérité t’emmerde parce qu’elle t’empêche de vivre, c’est comme si tu laissais la lumière allumée toutes les nuits et ça ne veut plus rien dire, tu comprends ? La vie se fout de la vérité, elle marche aussi bien avec elle que sans elle, voilà où j’en suis. »

Le tip : Pour rappel, contenu violent et sexuel.

L’itinéraire : Philippe Djian, Bleu comme l’enfer, Éditions J’ai Lu (Éditions BFB, 1982). 385 pages.

*Tiré du site J’ai Lu

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