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Summer, Monica Sabolo


Au pays de : « Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, Summer Wassner, dix-neuf ans, disparait. Elle laisse une dernière image : celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs ? Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences. Comment vit-on avec les fantômes ? »

De monde en monde

Je vois peu, comprends peu. Ma lecture est instantanément assourdie par les rêves d’un homme. Entrée dans l’intime, plongée dans la lucidité brutale d’une mémoire absente. Je ne comprends pas. Lui non plus, sans doute. Je lis et me retrouve contre mon gré plongée dans un liquide tiède, humide, sombre. C’est à n’y rien comprendre : il fait sombre, humide et tiède ; pourtant, Summer, c’est l’été? Pour Monica Sabolo, Summer est tout aussi bien l’arrivée de l’été que la perte d’un enfant ; un prénom lumineux aux reflets blonds et l’inlassable souvenir d’un mystère obscur. Disparition, évaporation. Anomalie.

L’auteure se fait poète quand elle décide de partir à la recherche des souvenirs enfouis de son narrateur. Elle conte. Ulysse et les sirènes, mythe revisité. Tout prend vie, tout est dangereux, et l’espoir se cache dans les raies diffractées du soleil qui se fraient un chemin à travers les algues des fonds lacustres du lac Léman. Au détour d’un rêve, au détour d’un songe, la vérité refera-t-elle surface ? L’auteure se fait enquêtrice quand de monde en monde, elle ouvre et découvre avec Benjamin les strates de conscience qui séparent l’histoire rêvée, la vie réelle.

C’est Benjamin qui nous dit. C’est Benjamin qui parle, qui souffre, qui lutte, qui a tout oublié, si ce n’est ce jour où sa sœur aînée disparait, il y a 24 ans et 13 jours. Dos tourné, cheveux au vent. Dans Summer, comme pour Benjamin, il ne reste que la courbe de souvenirs filandreux dans lesquels j’hésite à plonger. Comme si les rêves intimes, inquiétants mais confortables de l’un avaient un douteux pouvoir sur la psyché des autres.

Pourtant, de monde en monde, de souvenirs en souffrance, de rêves en rêves, à force d’inlassables retours mémoriels, les sirènes des méandres du cerveau lucide de Benjamin, 15 ans-38 ans m’emportent.

Je prends le rythme des ondes avec lesquelles le lac — qui l’obnubile — vit. Je m’habitue à la température changeante, à cet entre-deux de non-dits avec lequel le narrateur évolue et raconte. La perte de sa sœur, volatilisée quand ils étaient adolescents, et la perte de repères avec laquelle il a construit sa vie ensuite.

Du monde à soi

Alors qu’il fallait me pousser pour avancer dans ce monde duquel je ne souhaitais aucun accueil, je cherche à aller plus vite que le rythme que m’impose ma lecture ; mes yeux se perdent et tentent d’accrocher les phrases suivantes, la page prochaine. Ma lecture se fragmente et se fractionne tant je cherche les réponses que le narrateur ne souhaite pas trouver, je devine un dialogue et en lis des bribes avant que ma lecture linéaire ne m’y emmène, comme une enfant terrorisée qui pourtant cherche le nom du coupable dans les mots conclusifs d’un roman.

Je cherche et tente de trier duels et duos : le frère et la sœur, la présence et l’absence, la mémoire et la conscience, la prestance et l’invisible. J’y retourne frénétiquement. Happée, aimantée.

Summer est un roman thriller poétique. Il donnait l’impression d’aller nulle part si ce n’est en arrière, mais construit malgré tout un chemin complexe, aussi psychologique qu’il y paraissait, bien plus réaliste qu’on ne pouvait l’imaginer.

La phrase : « Quelquefois, Summer est là, immobile, juste sous la surface. Ses yeux sont grands ouverts. Elle essaie de dire quelque chose, ou alors de respirer. Ses cheveux bougent dans le courant, ils semblent vivants. Je tends la main, mes doigts effleurent la surface. Mais ce n’est pas elle, ce sont les algues qui ont dessiné un corps. Ou quelquefois, c’est un animal, sombre, rapide, qui rampe sous l’eau, entre les pierres.

Pourtant, je sais qu’elle vit là-bas. »

L’itinéraire : Monica Sabolo, Summer, Le livre de poche (Éditions Jean-Claude Lattès, 2017). 288 pages

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