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La vie en cinquante minutes, Benny Barbash


Au pays de : « Il suffit parfois d’un cheveu… Un long cheveu blond entortillé autour de la bretelle du maillot de corps de son mari. Pour Zahava, c’est l’électrochoc. […] En libérant le délire interprétatif d’une femme prise au piège de la jalousie, et avec un art magistral du détail et de la digression, Benny Barbash signe un roman tout en finesse, un traité du mariage profond et hilarant ».

C’est assez rare que j’accorde plus de poids aux commentaires d’une maison d’édition qu’au résumé d’un livre en lui-même. Il suffit d’ailleurs de peu pour que les mots « profond » et « hilarant » achèvent chez moi toutes velléités d’acquisition dudit roman. Pour autant, l’étrange mélange des termes « délire interprétatif », « digression », « jalousie » et « mariage » m’a intriguée. J’étais curieuse de découvrir ce voyage, du piège de la jalousie au traité du mariage.

La maitrise

En termes de plume - précise - et de construction - habile -, le roman est maitrisé magistralement.

Rendez-vous dans la tête du personnage principal, apprêtez-vous à faire corps avec ses pensées, à suivre le dialogue - fourni - avec sa voix intérieure. À faire des sauts dans le temps et revenir en arrière. Attendez-vous à ne comprendre que plus tard.

Soyez prêts à faire face à la richesse de chaque phrase. Soyez prêts, aussi, à rencontrer parfois une certaine forme de vulgarité qui, à bien y réfléchir, est peut-être là pour servir le roman. Pour le compléter et incarner, dans son écriture même, les épisodes presque délirants d’une femme obsessionnellement jalouse.

La force et la particularité de La vie en cinquante minutes semble se trouver dans cette histoire banale, attendue, trop entendue. Dans les questionnements sur la difficulté de se mouvoir ensemble, d’accepter le changement chez l’autre et d’accepter aussi que l’autre n’a jamais vraiment changé, que ce changement que l’on perçoit n’est finalement que l’acceptation du soi chez l’autre et la fin d’une lutte.

L’ovni

L’écriture est brillante, pour autant, en fermant le livre, tout reste flou. Était-ce trop ? Trop bien écrit, trop complet, trop recherché ? Le banal est-il trop lourd ? La réalité trop pesante ?

Parce que le lecteur entre définitivement dans les errements intérieurs d’une femme, dans ses questionnements et ses luttes internes. J’ai été prise dans le tourbillon de ses réflexions, dans le brouillon de ses pensées. C’est tellement humain que cela en devient perturbant, voire angoissant. La jalousie d’autrui est par nature oppressante, mais entrer littéralement dans les stratégies et schémas de pensées d’une femme déjà convaincue est proprement étouffant. Étouffant à ne plus y voir clair. A brouiller le lecteur.

Kafkaïen à plusieurs égards, ce roman reste pour moi, encore un ovni. J’ai cherché la sortie du labyrinthe des pensées de Zahava, en huis clos avec elle-même. Pour l’instant, je reste, comme elle, pleine de questions, de certitudes et de doutes.

La phrase : « Depuis quand existait-elle ? Une éternité. »

Le tip : Certaines connaissances religieuses ouvrent sûrement de nouveaux niveaux de lecture.

L’itinéraire : Benny Barbash, La vie en cinquante minutes, Éditons Zulma, 2016. 368 p.

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