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Nouvelles orientales, Marguerite Yourcenar


J’ai déjà lu Marguerite Yourcenar sans la lire vraiment. Je connais ses mots sans connaître leur esprit : j’ai lu sa traduction [d]es Vagues, de Virginia Woolf. Et si, dans ce livre en tout cas, j’ai probablement autant lu Marguerite Yourcenar que Virginia Woolf, il me manquait un élément pour connaître l’auteure : sa littérature.

Nouvelles orientales m’apporte définitivement plus d’un élément. Ces nouvelles m’offrent les fabuleux mots de l’auteure, qui, tour à tour se donnent et s’effacent, et nous guident vers des histoires, des contes, des fables, des destins sombres où l’amour, la vie et la mort sont les thèmes centraux.

Au pays de : Les Nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar ont paru en 1938 chez Gallimard. La romancière a revu la composition du recueil en 1963 et 1978, retenant dans l’édition définitive dix de ses courts récits tirés tantôt de fables, de légendes ou de textes littéraires authentiques, tantôt de superstitions ou de faits divers contemporains.

L’évasion

Les Nouvelles orientales de l’auteure sont des nouvelles de l’ailleurs. Pour voyager là-bas, partout à la fois. L’Orient est l’ailleurs. Peu importe, finalement, sa situation géographique. Tant qu’il n’est pas ici. L’Orient comme l’Inde et la Grèce, la Serbie et le Monténégro, la Chine, le Japon, les Balkans ou la Serbie.

Nos ailleurs. Trop loin pour être nous. Comme les contes de pays lointains sont puissants ! Leur exotisme est leur puissance. Il nous enivre, nous fait rêver et nous rêve là-bas.

Le temps d’un songe, visitons ces déesses déchues, ces beaux princes, ces mendiants, artistes du quotidien.

Nous sommes à l’abri du désir, des supplices, des regrets et de la mort.

Le pouvoir des mots

Pourtant les contes de Marguerite Yourcenar ne peuvent faire autrement que d’être là. Aussi réelles que surréalistes, ses nouvelles présentent l’humain dans son plus simple état : celui du triste désespoir parfois sublimé par l’art ou l’amour, parfois achevé par la banale rapidité de la mort.

Sur la mère et l’enfant, le mari et l’amant, le riche et le pauvre, l’artiste et le roi, le naïf et l’opportuniste, ces histoires de dualité et d’équilibre, de contradictions, de multiplicités des êtres sont des fables, sans morale. La plupart des nouvelles sont de tristes méditations dont les années n’ont pas affaibli l’écho.

Marguerite Yourcenar construit une aquarelle littéraire. Les couleurs sont légères, diluées, elles s’enfuient parfois pour ne pas voler la vedette aux histoires qu’elles portent. Estampes. J’ai d’ailleurs souvent pensé à L’éternité n’est pas de trop, de François Cheng.

Les mots glissent, les histoires coulent, la passionnée douleur devient douceur sereine. Discrète. Sage.

La phrase : « Croyez moi Philip, ce dont nous manquons, c’est de réalités. »

Le tip : Ne vous précipitez pas.

L’itinéraire : Marguerite Yourcenar, Nouvelles orientales, illustrations de Georges Lemoine, Editions Gallimard, 2016. 144p.

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