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Premières neiges sur Pondichéry, Hubert Haddad


L’imaginaire autour de Premières neiges sur Pondichéry, dernier roman d’Hubert Haddad publié aux Éditions Zulma m’attirait depuis sa publication. Était-ce la couverture ? Le titre, porteur d’espoir ? Le résumé, annonciateur de voyages ? Le mélange de ces trois éléments, sans doute, me faisait fantasmer la lecture de ce livre de l’auteur.

L’auteur ? Je ne l’avais jamais lu. Certains de ses précédents écrits avaient peut-être croisé mon chemin tant ils sont nombreux, mais aucun n’avait jusqu’à présent atterri entre mes mains. Qu’importe. Quand ces 192 pages sont enfin arrivées à bon port, la perspective de ma prochaine découverte des mots d’Hubert Haddad m’a enchantée.

Au pays de : « Violoniste virtuose, Hochéa Meintzel accepte l’invitation d’un festival de musique carnatique à Chennai, en Inde du Sud. Blessé dans sa chair par un attentat, c’est avec l’intention de ne plus revenir qu’il quitte Jérusalem. »

Les sens

Les pieds en Inde et les souvenirs en Israël, je me trouve lâchée dans une explosion de couleurs et de sens. Je ne fais que voir, sentir, toucher, soupçonner, entendre. Premières neiges sur Pondichéry semble presque écrit à l’intention de son personnage principal, devenu aveugle. Le livre ne nous raconte pas seulement son dernier voyage, il nous transforme par les sens.

Hubert Haddad m’aveugle de paysages et m’inonde de mots. Ce flot continu me déstabilise. Il faut du rythme pour lire Premières neiges sur Pondichéry, il faut scander. Pour lire et comprendre l’auteur, il faut littéralement lire dans sa tête, appuyer chaque mot, en extraire l’essence pour en comprendre le sens, et le lier aux autres mots, pour espérer appréhender leur résonance. En faire la traduction.

Les phrases sont longues et m’emmènent aux frontières de la lecture. Je lutte pour finir mes pages, pour me souvenir de ce que j’y ai lu tant la langue est riche. Jamais sans compléments. Sans adjectifs évocateurs, sans références culturelles, religieuses, bibliques. Premières neiges sur Pondichéry ne m’emprisonne pas, mais au contraire libère mes sens, et m’autorise, étonnamment, à m’échapper du roman.

L’acceptation

Je résiste, y retourne. S’il le faut, je relis des paragraphes entiers pour replonger dans l’atmosphère colorée et sombre qui entoure Hochéa Meintzel, ce violoniste prodige qui nous gratifiera seulement de quelques notes…

Atmosphère colorée et sombre, tourbillon de vie et de mort où la recherche de souvenirs et l’abandon du passé se côtoient, il faut bel et bien lutter pour vivre ce récit, sinon accepter.

Accepter, comme Hochéa né dans un ghetto juif de Pologne accepte son destin ; comme les derniers juifs de Kochi, réunis dans la belle synagogue bleue un soir de tempête acceptent leur histoire, n’ayant plus que leur passé ; accepter que l’amour est violent, qu’il n’a pas de frontières, comme la jeune Mutuswami. Accepter que pour lire Premières neiges de Pondichéry, il faut s’accrocher à la violence des destins, au foisonnement des couleurs, à la puissance des sons et l’écho des mots. Au doux rêve qu’il puisse un jour, neiger sur Pondichéry.

La phrase : « La musique, réfléchit Hochéa, c’est le temps même qui nous signale son passage. Il faut l’accepter pour ce qu’elle a d’insaisissable, comme la vie, comme la succession obscure des évènements. »

Le tip : N’ayez pas honte de relire des paragraphes entiers, et de les croire nouveaux.

L’itinéraire : Hubert Haddad, Premières neiges sur Pondichéry, Éditions Zulma, 2017. 192 pages.

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