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Puissance de la douceur, Anne Dufourmantelle


Pourquoi le lire ?

Pour les mêmes raisons qu’il est précieux de lire un autre des ouvrages d’Anne Dufourmantelle, également chroniqué sur Starting Books : Éloge du risque. Anne Dufourmantelle, philosophe et psychanalyste est aussi auteure. Écrivaine. Ses mots s’apprécient et appellent l’ailleurs. Ils enjoignent chaque lecteur à embrasser sa curiosité pour aller plus loin, notamment par l’appréhension de thèmes, concepts et valeurs dépréciés, galvaudés, mis à mal par leurs acceptions contemporaines.

Ainsi est-il question de douceur. À la différence d’Éloge du risque, Puissance de la douceur n’est pas un éloge, mais une réhabilitation. Moins personnel que son livre sur le risque, moins exhaustif peut-être également, Puissance de la douceur est un condensé de méditations éclairées. L’auteure le disait elle-même, c’est un livre dans lequel on peut flâner, comme dans un jardin, que l’on peut traverser à son rythme, pour se rappeler les puissances qu’héberge la douceur en elle.

On en apprend des choses ?

« La douceur fait vendre. Elle nous est proposée sous toutes les formes, toutes les latitudes, constamment. Elle est un argument économique versée au compte de ce qui n’a rien à voir avec elle. »

Anne Dufourmantelle n’interpelle pas le lecteur, mais partage avec lui son analyse et sa lecture du concept de douceur, depuis la Grèce antique jusqu’à aujourd’hui. Elle réévalue son sens et aborde sa genèse pour en percevoir son essence, sa richesse et sa portée. Ainsi, l’auteure redonne ses lettres de noblesse à une valeur dépréciée en Occident, à un mot mal compris et mal utilisé. C’est d’ailleurs parce que la douceur n’est pas évènement, mais puissance de métamorphose que l’Occident dévalue autant le terme que les variations qu’il induit. Or, la douceur n’est pas fatalité de l’être.

C’est tout le contraire, bien évidemment, qu’Anne Dufourmantelle remet en lumière. Parce que la douceur est lumineuse et qu’elle est nécessaire à la vie : aucun être vivant ne peut survivre sans en avoir fait l’expérience. Sans s’y confronter.

Que comprendre ?

« De l’animalité, elle garde l’instinct, de l’enfance l’énigme, de la prière l’apaisement, de la nature, l’imprévisibilité, de la lumière, la lumière. »

S’y confronter parce que la douceur n’est pas mièvrerie, n’est pas sucrerie. Elle n’est pas que femme, enfant et sensualité. Elle n’est pas neutre. Elle n’est pas fixe. Au contraire, la douceur est un pouvoir. La douceur est un relief, une présence et une absence. Une relation. Une intention.

La douceur est paradoxale et ambiguë. Et c’est parce qu’elle est insaisissable qu’elle est puissante. Dans ce texte habile et exigeant, Anne Dufourmantelle réhabilite la douceur. Vitale et violente, force de résistance, celle-ci mérite une attention toute particulière.

À garder en mémoire : « Une personne, une pierre, une pensée, un geste, une couleur… peuvent faire preuve de douceur. Comment en approcher la singularité ? Son approche est risquée pour qui désire la cerner. À bien des égards, elle a la noblesse farouche d’une bête sauvage. »

L’itinéraire : Anne Dufourmantelle, Puissance de la douceur, Éditions Payot & Rivages, Collection Manuels Payot, 2013. 160 pages.

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