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La bâtarde d’Istanbul, Elif Shafak


Au pays de : « Partagée entre ses origines américaines et arméniennes, la jeune Amy gagne Istanbul en secret. Elle ne se doute pas que son arrivée et son amitié naissante avec Asya, la “bâtarde”, menacent de faire surgir de terribles révélations […] »

Départ pour la Turquie. Vers cette mélancolie si spécifique au pays, fruit des souffrances du passé et des mystères du présent. Elif Shafak a cet incroyable sens des mots et de l’humour. Honnête, lucide, critique et acerbe. La bâtarde d’Istanbul est un voyage psychologique et historique. Au plus profond de la Turquie, entre Empire ottoman et République turque. Entre chrétiens et musulmans. Au plus profond des êtres.

L’apprentissage

« Le vrai choc des cultures, c’est celui qui oppose les Turcs aux Turcs. »

J’y suis, dans ce konak d’Istanbul. La maison n’est pas si grande, mais chargée de souvenirs. Des tapis, des tableaux, des bibelots. La décoration est chaleureuse, mélange de meubles anciens et d’objets modernes. Une télévision et des services à thé, partout. Avec liseré, sans liseré, avec des étoiles et des lunes en transparence ; certains ont cette petite coupelle en plastique aux motifs orientaux entrecoupés d’un large trait rouge, ou bleu. Des centaines de services à thé, mais une seule forme, ergonomique et pratique : chaque verre est évasé.

Je vois Banu, Cevriye, Feride, Zeliha, Asya, Gülsüm. Armanoush est arrivée. Nous attendons Mustapha. Je salive à l’évocation de ce petit-déjeuner « omnibus », servi entre 6 h et 9 h. Et je murmure les noms de ces plats d’un autre continent…

Je vois et j’apprends. Je lis l’Histoire, entre modernistes et traditionalistes. Entre ceux qui ont peur du passé et ceux qui craignent le futur. Avec ceux qui pensent que seule l’expiation des crimes passés pourra permettre au futur d’émerger.

Qu’est-il arrivé à grand-mère Shushan, Arménienne élevant désormais sa famille en Arizona ? Quelle est l’histoire de ses parents ? Que pensent Asya et ses tantes, stambouliotes de mère en sœurs, de la terrible histoire de famille d’Armanoush, petite-fille de Shushan ?

Le courage

« C’était la première fois qu’elle rencontrait un être si jeune possédant une mémoire si ancienne. »

Comme souvent dans les romans turcs contemporains, les descriptions des personnages sont à couper le souffle. Si colorées, évocatrices, légères et sombres, pieuses et décadentes. Même les chats ont leur place. Comme souvent dans les romans turcs contemporains, rien n’est simple. Des prénoms aux histoires, des ruelles d’Istanbul au passé cosmopolite d’une région entre deux rives, deux continents et deux cultures. Des Arméniens, des Juifs, des Grecs, des Kurdes, des Turcs.

Comment conclure quand un drame historique est trame de fond et sujet absolu ? Avec les mots d’Elif Shafak sûrement, et une de ses phrases :

La phrase : « Il fut et ne fut pas un temps. »

Le tip : Prêtez bien attention aux prénoms, vous risqueriez de vous perdre…

L’itinéraire : Elif Shafak, La bâtarde d’Istanbul, Éd. 10-18 (Éditions Phébus, 2007 pour la traduction française). 384 pages.

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