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Plateforme, Michel Houellebecq


Il est arrivé. Il est enfin arrivé ce roman que je n’ai nulle envie de chroniquer. De mettre mes pas là, mes mains ici et de poser mon cerveau et mon analyse sur le coin d’une page. Et pourtant, les sentiments que m’a procurés ce livre représentent l’essence même de l’exercice de mes chroniques : extraire mes ressentis et les expliciter pour vous en dire assez sans en dévoiler trop.

Au pays de : « Après la mort de son père, Michel, fonctionnaire de quarante ans blasé, décide de partir en Thaïlande pour goûter aux plaisirs exotiques. II y rencontre Valérie, cadre dans une grande société de voyages, à qui il soufflera sa théorie sur les vraies motivations des Européens en quête de sensations fortes. Embar

qué dans la lutte pour le profit à tout prix, où le corps est plus que jamais une marchandise, Michel jette un regard cynique sur la société occidentale. Mais dans la violence crue de ses constats, il sera peut-être surpris de découvrir que l’être humain est encore capable de sentiments… » *

Ce serait effectivement mentir que d’affirmer que la lecture de Plateforme m’a laissée indifférente. Ces ressentis que je cherche à transmettre, il y en a. Tout un pot un peu pourri. Des éclairés et des malsains, des coupables et des bien-pensants.

La fascination

Ai-je lu Les Particules Élémentaires ? Je ne m’en souviens plus. Toujours est-il que — de manière absolue, ou au moins dans Plateforme — sans aucun doute, Michel Houellebecq sait y faire. La plume, agile et cynique, légère et intelligente m’incite à tourner chaque page pour un résultat d’une fatalité indubitable : j’ai fini par finir Plateforme.

Je l’ai fini parce que la prose de Michel Houellebecq semble servir un propos. Et que ses analyses sociétales et économiques sont censées si elles ne sont pas justes. Je l’ai fini parce que Quel avenir pour un Français moyen ? Quelle conclusion l’auteur nous servira-t-il ? Quelle analyse aura-t-il in fine de ce monde capitaliste mondialisé, standardisé où la recherche du plaisir se marchande ?

Enfin, je l’ai fini parce que je l’avoue, certaines des explications éclairées de l’auteur m’ont fait me sentir proche de ses pensées d’intellectuel parisien. Je comprenais, acquiesçais, souriais. À certaines, seulement, de ses réflexions.

Le dégoût

Mais le terme de fatalité est bien de mise : j’ai fini. Par finir. Plateforme. En dépit de mon aversion pour ce naturalisme oppressant, forçant chaque lecteur à remuer sur son siège, d’inconfort. Ce siège désagréable et collant du voyeuriste pas très net.

Ce siège sur l’allée des toilettes, où, c’est évident, des relents très nauséabonds nous arrivent sans trop prendre de détours. Et où certains regards libidineux de sortie de w.c. sont aussi collants que la cuvette…

J’ai lu Houellebecq comme j’ai lu mon premier Bukowski. D’un œil prude, un peu dérangé, un peu coupable. Cherchant en vain une analyse pertinente de mon propre inconfort. Me cherchant moi dans ses pages à lui. Parce que, comme le surtitre de l’édition Flammarion l’indique, dans Plateforme, nous sommes bel et bien « Au milieu du monde ». Sans artifice.

Alors, peut-être que, comme avec Bukowski, je retenterai ma chance et prendrai mon risque, celui de relire Houellebecq pour décider si oui, ou non, ou pas.

La phrase : « C’est dans le rapport à autrui que l’on prend conscience de soi ; c’est bien ce qui rend le rapport à autrui insupportable. »

Le tip : Si les descriptions de relations sexuelles très détaillées dans un livre vous font refermer l’ouvrage, n’ouvrez pas celui-ci.

L’itinéraire : Michel Houellebecq, Plateforme, Éditions Flammarion, 2001. 378 pages.

* Source du résumé : Livre en Poche

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