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L'amour, Marguerite Duras


​La mémoire sélective a parfois du bon.

J’ai toujours aimé l’écriture et la poésie que la plume de Marguerite Duras dégage. Le marin de Gibraltar, Les petits chevaux de Tarquinia… Leur évocation me rappelle à quel point il me semble indispensable de continuer ma découverte de cette auteure. C’était vite oublier mon expérience en demi-teinte de Moderato Cantabile, l’année dernière. Énigmatique, à certains égards incompréhensible, j’avais fini par trouver ce livre appréciable, dans la liberté que Marguerite Duras offrait aux lecteurs : celle de comprendre l’incompréhensible et de prendre à bras le corps sa propre lecture pour la transformer comme bon lui semble.

L’amour est différent. Différent de ce dont je me souvenais, de ce que j’avais oublié, aussi.

Au pays de

Rien.

Impossible de décrire cette abstraction littéraire. À résumé infaisable chronique difficile.

Dans L’amour, il y a. Des hommes, une femme. Une terre, une ville. Une lumière et la mer. De ma lecture pourtant, il ne reste que peu de choses.

Je marche péniblement dans les pas de cette femme et de ces hommes qui la précèdent, la suivent, tantôt acteurs, spectateurs d’une vie qui se déroule là où elle n’existe pas. Qui ? La femme. La vie. Je cherche à trouver, j’espère une chute, un indice, un moment où tout s’éclairera. La lumière est là, éclaire un vide. Une absence.

Il est lui, mais lui est l’autre, le voyageur. Il et il. Seule elle ne se confond pas. Personnages, allégories ? Mes interrogations se posent et se percent. La plume de Marguerite Duras est vive, aiguisée.

Je me perds entièrement, absurdement dans cette histoire surréaliste. L’est-elle ? Tout est intelligible et pourtant. Ni prose ni poésie. Théâtre ou vie. Livre, film ? Ne sont-ce que des didascalies ?

Chaque phrase est indépendante. Chaque phrase est une histoire ou n’est pas.

Je lis et j’oublie, je lis ou j’oublie, je lis pour oublier. Et pour lire, je dois oublier. J’ouvre L’amour, je ferme L’amour, rien ne reste de L’amour.

Ou si.

Ne me reste qu’une histoire sombre. L’amour ne m’aura jamais satisfaite. Ne restent qu’un sable froid et une nuit permanente sur une ville-île-prison aussi intrigante que son nom.

La phrase : « Nuit. »

Le tip : Ouvrez, ou n’ouvrez pas.

L’itinéraire : Marguerite Duras, L’amour, Éditions Gallimard, 1971. 144 pages.

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