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La femme rompue, Simone de Beauvoir


Il en fallait bien un premier. Le premier ? Non. Mon premier, oui. Choisi au hasard dans la bibliothèque familiale, comme mes premiers Virginia Woolf et Patrick Modiano. Les classiques sont bien hébergés.

À choisir selon le titre, le format, et le nombre de pages, surtout. Pour rentrer dans une valise : vingt kilos, c’est si vite arrivé, surtout quand l’excédent bagages ne mesure pas les auteurs qui « pèsent » autant qu’ils allègent et élèvent ceux qui les lisent.

Lire mon premier Simone de Beauvoir m’a menée à un nombre incalculable d’émotions. De la fébrilité de poser mes yeux sur les premiers mots au soulagement de ce constat temporaire tant attendu : je crois qu’on va s’entendre. Des rires à l’agacement, au désœuvrement et du sourire en coin aux yeux plissés de désarroi.

Au pays de : « La femme rompue est la victime stupéfaite de la vie qu’elle s’est choisie : une dépendance conjugale qui la laisse dépouillée de tout… » Simone de Beauvoir

31 ans, est-ce tard pour découvrir Beauvoir ? J’ai découvert Sartre à 17 ans, Duras pendant ma vingtaine. Pourquoi ai-je mis si longtemps ? Probablement parce que Beauvoir, pour moi, c’était Le deuxième sexe. Seulement Le deuxième sexe. Et qu’à force de fantasmer ce Deuxième Sexe, elle l’auteure m’était devenue inatteignable : trop intellectuelle, trop engagée, elle devait alors attendre que je sois au niveau.

Non-sens. L’attente était trop longue. J’ai donc décidé de découvrir l’auteure avec La femme rompue.

Trois nouvelles pour trois femmes et bien plus. Mariées séparées, en prise avec leur âge, leur situation, leur mari, leurs enfants. En dé-prise avec la vie. Dans ces trois textes, Simone de Beauvoir parle de l’une et des autres avec une incroyable justesse de ton et une brillante maitrise des styles.

L’excitation

« Il a l’air excitant, ton livre ! » (Traduction non littérale.) C’est ce qu’on m’a dit quand, à une heure du matin, je tournais encore les pages jaunies de ce livre précieux. Encore ré

veillée, toujours éveillée, éclairée par les mots de Simone de Beauvoir. Pourtant non, ce n’est pas excitant d’assister à la désagrégation de femmes. À leur folie, à leur tristesse, leur absolu mal-être, leurs questionnements sans réponse et leur amour à sens unique. Non, ce n’est pas excitant d’entrer dans leur psyché comme dans leur vie, d’entendre leur mari, las, absent, heurtant par leurs non-réponses. Non, ce n’est pas excitant d’assister à la vie comme aux évidences, celles qui crient que le lien, marital ou maternel est à manœuvrer avec délicatesse, tant il peut-être tranchant et ingrat.

Non, ce n’est pas excitant, mais force est de constater que découvrir ces sujets-là sous la plume de Simone de Beauvoir est, en revanche, absolument captivant.

L’admiration

S’il ne fallait parler que d’une, je dirais que la première nouvelle « L’âge de discrétion » est absolument fantastique. S’il fallait parler de toutes, je dirais que tout est dit, que rien ne manque.

La finesse d’analyse psychologique, la capacité à décrire sans tromper et à écrire au plus juste est incroyable. Sans pouvoir encore m’identifier, je me reconnais et sais que peut-être, ses propos deviendront miens, et que ces angoisses décrites pourraient ne me donner que peu de répit. Simone de Beauvoir me rassure, elle sera là.

La phrase : « Ma liberté me rajeunit de 20 ans. »

Le tip : Que ce soit pour Le deuxième sexe, La femme rompue, ou un autre livre de Simone de Beauvoir, n’hésitez pas !

L’itinéraire : Simone de Beauvoir, La femme rompue, Éditions Folio (Gallimard), 1967. 256 pages.

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