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Le tiroirs de l'inconnu, Marcel Aymé


​Au pays de : « Martin, vingt-huit ans, flegmatique d’apparence et méticuleux de caractère, a la curiosité d’examiner les tiroirs de son bureau. Il y découvre toute l’histoire de son prédécesseur, écrite de façon si étrange qu’il va se mettre à la recherche de cet inconnu. De tiroir en tiroir, ou de hasard en hasard, Martin traverse des aventures dont le thème principal est l’amour, ou plutôt le sentiment qui pousse les femmes vers les hommes. »

Le dernier roman de Marcel Aymé est le premier que je lis. De nom, je le connais, comme les pairs dont certains le rapprochent. Les tiroirs de l’inconnu — la couverture de la collection Folio est aussi géniale que grotesque — me laisse le drôle de goût d’une époque aux traits tirés par un auteur qui aurait sans doute, aujourd’hui, encore bien des choses à écrire.

L’insondable

Chez Marcel Aymé, en tout cas, dans Les tiroirs de l’inconnu, ce n’est pas tant l’histoire qui importe, mais la manière dont elle porte les personnages que l’auteur met en scène. Ici, pas de hiérarchie (malgré un propos fort sur les classes dominantes, les travailleurs et le caractère social des relations amoureuses, notamment), tout le monde a le droit à la parole. Les femmes ont des idées politiques, parlent stratégies amoureuses, sont bavardes et extravagantes, rudes et antisémites, jeunes, romantiques et timides. Elles radotent, sont belles, sont vieilles. Elles luttent pour exister. Les hommes, eux, luttent pour ne pas sombrer. Dans un bureau sans table, ou dans un cagibi sans lumière, au rang des secrétaires, ministre de rien ou Président de tout, chercheur de sens adulé, trouveur de Dieu, déchu…

Chez Marcel Aymé, en tout cas, dans Les tiroirs de l’inconnu, il y a des mots, du texte et des idées. Rien ne semble exister fortuitement et pourtant, tout est flou. Il y a quelque chose de mystérieux et de timide dans ce roman, comme si avoir de l’esprit et des idées ne méritait aucune forfanterie.

Chez Marcel Aymé, dans Les tiroirs de l’inconnu, en tout cas, les sous-entendus laissent toute la place à l’imagination du lecteur, qui, optimiste, sceptique, critique, pourra alors décider du degré de noirceur du Paris des années 1960. Tout n’est pas dit, mais le lecteur n’est pas exclu, bien au contraire.

L’esprit

Là est l’esprit. Marcel Aymé a une finesse de mots et d’esprit simple et intelligente. Pourtant rien n’est sérieux dans Les Tiroirs de l’inconnu puisque Marcel Aymé utilise avec rigueur l’humour, la caricature grotesque, la dérision, le naturalisme. Vous verrez tout, des pores adipeux des patrons aux courbes délicates des jeunes filles de bonne famille. Burlesque, juste, précis, vif, agile, politique, il est dit que Martin, le personnage principal, traverse des aventures dont le thème principal est l’amour. Je ne crois pas. Martin traverse Paris, en photographie les lueurs, les espoirs, les déchéances, pour en extraire un négatif prémonitoire : le combat social qui bientôt, verra le jour.

La phrase : « Je dois vous dire que je me suis toujours intéressé à la littérature et qu’en dépit du plaisir que j’y ai trouvé, elle m’a beaucoup déçu. Alors que Marx et Freud nous fabriquent des kilomètres d’histoire, la simple littérature n’engrène pas sur la vie. On se récite un poème de Baudelaire comme on prend un cachet d’aspirine ou on lit un romancier pour s’isoler dans un monde déjà dépassé, dans une espèce de paradis artificiel. C’est pourquoi j’ai imaginé la littérature appliquée. Pour moi l’œuvre littéraire commence au moment où je l’ai terminée. »

L’itinéraire : Marcel Aymé, Les tiroirs de l’inconnu, Gallimard, 1960 (Folio, 1988). 288 pages.

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