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Crépuscule du tourment, Léonora Miano


Au pays de : « De nos jours, quelque part en Afrique subsaharienne, au Cameroun peut-être, quatre femmes s’adressent successivement au même homme : sa mère, la femme à laquelle il a tourné le dos parce qu’il l’aimait trop et mal, celle qui partage sa vie parce qu’il n’en est pas épris, sa sœur enfin. À celui qui ne les entend pas, toutes dévoilent leur vie intime, relatant parfois les mêmes épisodes d’un point de vue différent. […] Elles ont en commun […] une blessure secrète : une ascendance inavouable, un tourment identitaire reçu en héritage, une difficulté à habiter leur féminité. »

10 ans après le magnifique Contours du jour qui vient, et succédant à bien d’autres romans, nouvelles, conférences, pièces de théâtre, Crépuscule du tourment promet bien des mots. Il est le premier tome d’une trilogie. Son sous-titre : Melancholy.

L’opacité

Sans doute aurais-je dû lire dans ce sous-titre le signe annonciateur du poids des mots qui allaient se poser sur moi. J’aurais aussi dû supposer la pesanteur du cœur de ces femmes qui, chacune, parlent à ce Dio. Mère, amour, femme, sœur, elles parlent enfin d’elles-mêmes. Donnent en pâture le présent au passé, le passé au présent, abandonnent l’avenir pour donner leur version de l’histoire, et tenter de choisir, enfin, leur futur.

Et parce que Crépuscule du tourment offre la lecture de leur vie sans ambages ni tabous, telle qu’elle est, telle qu’elle s’est offerte souvent dans la souffrance à ces 4 femmes, c’est d’opacité que leurs mots se sont habillés.

Comme moi, vous égrènerez peut-être de longues pages d’impatience avant de réussi à appréhender leurs histoires, leurs mots, leurs messages, et leur langage. Et c’est quand s’éteint une première voix, laissant place à une deuxième, qu’elle arrive enfin jusqu’à vous.

Marchez ou abandonnez. Si vous décidez de poursuivre votre route, il faudra suivre leurs règles et accepter de lâcher prise. L’accès est difficile, la compréhension parfois poussive, mais marchez, ou abandonnez. Il n’a jamais été dit que le chemin se ferait sans heurts.

Comme moi, vous vous interrogerez peut-être sur l’harmonie des voix et sur les contours des discours. Est-ce la narration qui est à certains moments simpliste, manichéenne, ou est-ce le personnage qui revêt ces caractères ?

Le féminisme

Sans tabous ces quatre fermes. Il est évidemment, absolument question de corps, de féminité, de sexualité, d’appropriation de soi, d’homosexualité. Elles sont femmes et le texte est engagé.

Mais il y a tellement urgence à dire que conter devient secondaire ; l’engagement noie parfois le roman. L’auteure s’oublie-t-elle elle-même, et ses personnages, dans son combat ?

Mais « s’oublier dans son combat », n’est-ce pas ce qui fait la force des utopistes, des optimistes ? N’est-ce pas le prix à payer pour délivrer les messages utiles au monde ? Parce que si le roman en lui-même me donne parfois l’impression de souffrir de l’engagement de son auteure, c’est l’engagement de son auteure qui lui confère cette force toute particulière : le roman n’est plus seulement message, il devient combat. Ces femmes-combattantes libèrent leurs paroles. C’est dans les « faiblesses » de la narration que leurs forces se déploient. Leurs voix ne sont pas politiques de prime abord, elles ne sont pas construites, elles sont authentiques et spontanées. Et peut-être est-ce justement quand l’universalité n’est pas recherchée qu’elle en devient existante.

La phrase : « Tu cherches la guérison, il faut d’abord une intimité avec la douleur. »

Le tip : Bis repetita, marchez ou abandonnez

Le tip, bis : Vous trouverez un glossaire à la fin du livre

L’itinéraire : Léonora Miano, Crépuscule du tourment, Éditions Grasset & Fasquelle, 2016, 188 pages

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