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Tropique de la violence, Natacha Appanah


Au pays de : « Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien. »

Par la brutalité de son roman tout autant qu’au travers de la délicatesse pudique de ses mots, tranchant sans agresser, l’auteure offre le récit aussi poignant que sublime d’une île française abandonnée où pourtant vivent et survivent des milliers d’âmes.

Avec violence…

Natacha Appanah m’a « estomaquée ». Elle m’a prise par les sentiments sans en faire trop, avec justesse, avec finesse. Natacha Appanah m’a laissée sans voix. Elle m’a prise par la force, peignant la violence poétique d’un paradis infernal, laissé en friche par les hommes, repris de droit par sa nature luxuriante.

Et c’est bien de violence dont il s’agit. Dans Tropique de la violence, roman choral, cinq personnages se succèdent, se donnent la parole, participent à la narration de l’histoire d’un département qu’on pourrait croire nation tant il est seul face à son destin.

Tantôt témoins, tantôt acteurs, cause et conséquence, symptôme et maladie, souvent usés et abusés, ces cinq personnages luttent comme ils jouent avec une vie dont le chemin, poussiéreux, ne conduit qu’à une seule issue.

Mais ce n’est pas de l’issue dont il s’agit. Dans Tropique de la violence, roman bref et puissant, les morts pavent la route dès le début et se rappellent aux vivants. Ils se dénoncent, se justifient, offrent leur raison, confessent.

… Et grâce

Avec grâce, ils parlent de leur survie. Avec rythme, aussi.

Natacha Appanah maîtrise l’écriture spontanée de manière incroyable. Ses phrases longues n’essoufflent pas, pourtant, je retiens ma respiration. J’ai hâte. Les mots s’emballent et dévalent les phrases.

Il y a tous les arts dans le roman Tropique de la violence : porté par les mots, il est emporté par la mélodie des voix et la brutalité des images. Son texte a la puissance de l’oral, crié, soupiré, dénoncé.

Parce que Tropique de la violence dénonce autant que rend hommage. Complexe comme la vie, il nous laisse assis, l’esprit debout.

La phrase : « Quand Stéphane me parlait, je l’écoutais, mais ses paroles ne rentraient jamais en moi, c’était comme de la pluie sur ma peau, ça coulait ça coulait et, à mes pieds, il y avait une grosse flaque de mots. »

Le tip : N’hésitez pas, pour une fois, à lire le court glossaire, à la fin du livre, dès le début de votre lecture !

L’itinéraire : Natacha Appanah, Tropique de la violence, Éditions Gallimard, Collection Blanche, 2016. 192 pages.

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